LE TITRE T'APPARTIENT

LE TITRE T’APPARTIENT

BIOGRAPHIE « Le titre t’appartient »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAréalisée avec Dalila en mai 2014

L’histoire d’une petite fille kabyle arrachée à sa terre natale, qui bascule dans la modernité à son arrivée de France dans les années 1975.

Entre ses souvenirs d’une terre lointaine et chérie et les anecdotes de son arrivée en France, cette jeune femme nous restitue son amour pour son pays natal et une partie de ses émotions de son exil brutal.

EXTRAITS DE SON LIVRE

Terre de traditions ancestrales

C’était une vie figée dans le temps immémorial, léguée par nos tribus où le code d’honneur prenait toute la place dans les relations sociales.
Notre terre, berceau de la résistance à toute forme de conquête, a payé de son sang, lors des batailles dans le col de Mouzaïa, sa rébellion contre les envahisseurs. La Kabylie n’a pas d’unité administrative. Elle est nichée dans le creux des montagnes qui tombent dans la méditerranée, mêlant alors les gris de la pierre, le vert des pâtures et le bleu turquoise de la mer.
Toutes mes fondations prennent leurs origines dans ce village, si loin de tout, des jouets, de la télévision, des confiseries, ces petites douceurs qui adoucissent l’âme. Notre famille vivait en autarcie, produisant elle même tout ce qui servait à son quotidien.

Je revois ma mère plonger les écheveaux de laine dans les différents baquets pleins de liquides colorés, qu’elle avait préalablement préparés dans plusieurs bains d’eau pour les débarrasser des impuretés et de la graisse du mouton. Les gestes ancestraux qu’elle tenait de sa mère, qui lui permettait ensuite de tisser les couvertures qui nous protégeraient de l’hiver rude. La pauvreté des villages obligeait les femmes à être solidaires et à se prêter le métier à tisser qui passait de foyer en foyer.
Cette vie communautaire d’alors m’a construite pour ma vie entière et malgré mon intégration à la modernité, je n’ai pas oublié ces trésors d’antan que m’a légués ma mère, femme soumise et admirable.
Deux fils disparaîtront brutalement, emporté par les rafles récurrentes que faisait l’armée française dans les villages kabyles. Mon grand-père maternel ne s’en remettra jamais. Maman m’a confié que son père, torturé par la perte de ses fils, allait régulièrement sur la plage voir si la mer ne lui avait pas rendu son fils dont on n’avait pas retrouvé le corps ; puisque le premier avait été retrouvé, déchiqueté sur la plage. Le malheur est donc entré très jeune dans la vie de maman.

L’exil…échappatoire à la misère

Mon père travaille désormais dans une ferme sous l’autorité d’un colon mais il ne gagne pas assez sa vie. Il est dit qu’en France il y a du travail bien payé alors il prend sa décision et, en 1949, il part. Il n’a que 22 ans et malgré la force qui le conduit à s’expatrier, il ne peut s’empêcher de pleurer au moment du départ, les larmes l’accompagneront tout au long du trajet. Il prend le train pour Alger puis s’embarque pour Marseille. Il découvre le vieux port et tombe sous le charme. Sur le bateau, il a eu le temps de faire la connaissance de ses compagnons d’infortune qui comme lui, sont kabyles et comme lui vont tenter leur chance en France. Bientôt ils s’organisent en petits groupes et M donne à l’un deux son argent pour qu’il prenne son billet de train pour Paris. Hélas, l’homme ne reviendra pas, c’était un voleur à la sauvette qui le laisse sans le sou dans cette grande ville où on ne survit pas sans argent. Il ne parle pas un mot de français, il est désespéré et erre dans la gare Saint Charles. Bientôt arrive la nuit, que faire ? Il décide malgré tout de rentrer dans un hôtel où il demande à téléphoner en PCV, seul moyen de joindre quelqu’un sans avoir à payer la communication. Le réceptionniste n’accède pas tout de suite à sa demande et lui demande de raconter ce qui lui est arrivé. Après avoir narré sa mésaventure, l’homme accepte que M appelle son beau frère. Celui-ci demande à parler au réceptionniste à qui il promet d’envoyer un mandat dès le lendemain, afin que mon père puisse rester à l’hôtel pour la nuit. Effectivement, l’argent parvient à mon père qui peut poursuivre son voyage. Il part pour Paris. Arrivé gare de Lyon, son beau frère vient le chercher et l’emmène porte de Bagnolet où il s’installera le temps de trouver un travail et un logement. Dès le lendemain, il part pour l’usine, intégrer son premier emploi en France. Tout va si vite qu’il n’a pas le temps de réaliser ce qui lui arrive. Pendant un an, sa seule obsession sera d’économiser de l’argent pour l’envoyer aux siens restés en Algérie. Au bout d’un an il maîtrise le français et décide de prendre une chambre. Il prend alors conscience qu’il est libre et autonome, affranchi de sa mère et de ses sœurs : il commence à apprécier sa vie même si le mal du pays revient par vagues nostalgiques envahir son esprit. Comme beaucoup d’immigrés de cette époque, le retour au pays se fera pendant ses congés d’été.

Devenir femme  dès l’enfance

Ce matin Y se réveille joyeuse car c’est jour de fête, on célèbre la fin du ramadan. Pour elle c’est bien plus que cela, c’est la première fois qu’elle jeûne et elle est fière d’avoir, elle aussi, tenu un mois entier. Aujourd’hui c’est la fin, on va partager le repas et pour cela, il faut se faire belle. Elle va se parer de la nouvelle robe que sa mère Fatma a faite pour elle avec le tissu achetée à une voisine, un patchwork coloré. Y adore les couleurs qui éclatent sous le soleil méditerranéen, jaune, rouge, orangé, teintes qui donnent envie d’être heureux. Ce jour là, on rend visite aux voisins, leur offrant des pâtisseries et recevant en échange les mêmes gâteaux gorgés de miel que l’on boit avec du thé ou du café au lait. Après s’être préparée, Y s’admire dans le petit miroir offert par son père Saïd et son reflet lui plaît. Sa chevelure magnifique, d’un noir bleuté qui descend en cascade jusqu’au creux des reins, agrémente son visage menu au teint laiteux. Il faut savoir que la couleur de peau est très importante pour les kabyles. Avoir la peau claire était, à l’époque, signe d’une grande beauté. Je crois que cela perdure encore aujourd’hui dans certaines régions. Y, toute à sa joie, ne se doute pas encore que son père vient d’accepter une demande en mariage, émanant de son voisin qui venait de perdre sa femme en couche.
Les jours suivants, son quotidien change : elle ne peut plus aller à la fontaine chercher l’eau sans être accompagnée, elle n’emmène plus pâturer les bêtes avec son père…Après avoir questionné sa mère sur ces bizarreries, elle comprend qu’elle va se marier. Désormais, elle ne sortira plus au soleil pour préserver sa peau claire et être la plus belle pour le grand jour. Elle abandonne son enfance le cœur triste, elle n’a que 11 ans.Elle ne sait pas du tout ce qui l’attend car jamais on n’explique aux filles les obligations tenues par la loi ancestrale qui la prive de tous droits. C’est juste une petite fille qui n’est pas préparée à ces choses là et qui sort de l’enfance brutalement. Mais heureusement, la petite étant encore pubère, le mariage n’est pas consommé. Son mari qui voulait des enfants tout de suite la renvoie auprès dans sa famille. On est alors en 1942 et le monde est alors en guerre. Y profite de ce moment de répit pour oublier le mariage.

La maman détrônée

C’est la fin de la guerre en Europe et le début de la tyrannie que ma mère va subir pendant de longues années. Les souffrances, les humiliations, les privations, les manques vont faire partie de son quotidien et elle devra se conformer aux rites pour enfanter très vite sans avoir le choix de sa vie. Peu importe pour ma grand-mère qui n’aura aucune compassion pour son jeune âge et sa vulnérabilité. Il lui fallait une femme pour son fils chéri et un ventre pour assurer la descendance.
En 1948, naît S, ce premier fils tant attendu, un beau bébé bien portant. Comme le veut la tradition, selon laquelle la nouvelle vie est liée à l’astre lunaire et à son cycle, Y reste quarante jours seule avec le bébé pour assurer sa protection. Quand arrive la fin de cette retraite, elle doit reprendre les activités de la maisonnée. Ce matin là, elle se lève, se lave, range les couvertures, range la chambre et part travailler dans les champs. Elle laboure la terre qui doit être ensemencée. Au retour, rentrant dans sa chambre, elle découvre que le berceau n’est plus là ! Paniquée, elle court voir F qui lui répond sèchement : « Maintenant c’est moi qui m’occupe de Salah, je te le ramènerai juste pour la tétée. » Y tente de parler mais la grand-mère lui impose le silence en disant : « tu n’as pas à discuter. » Y s’effondre en pleurant « Mais tu ne peux pas faire ça…C’est mon fils ! » La réponse cinglante tombe : « non, c’est le fils de mon fils. » Y, n’existe plus, elle est niée dans son rôle de mère, dans son rôle de femme. Au bout de sept mois de calvaire, fait de frustrations, la grand-mère l’accuse de tous les vices et veut la voir partir. Elle se demande ce qu’elle a fait pour mériter ce sort odieux, incompréhensible alors qu’elle s’est pliée aux ordres de la grand-mère. Son mari, ne la défend pas et obéit à sa mère. De nouveau, elle est rejetée, renvoyée dans sa famille, sans son fils. Son cœur est arraché. Honteuse, humiliée, démunie, elle retourne chez ses parents, laissant la chair de sa chair aux mains de cette femme qui a le pouvoir de détruire sa vie. Ce tyran qui abuse de son pouvoir sur la communauté pour lui retirer son seul bien, son seul statut honorable au yeux de tous : son rôle de mère.

Une fête familiale dans la famille paternelle va tout faire basculer. Installée dans la pièce réservée aux femmes, elle voit tout à coup rentrer S avec la grand-mère, éperdue de joie de revoir son enfant, Y s’assoit lentement en regardant son petit. Le temps se fige, tous les regards se portent sur S, petit bonhomme de deux ans, qui par miracle, reconnaît sa mère et court vers elle en criant « maman.» L’appel du cœur d’un enfant, devant une assemblée de mères, la grand-mère ne peut rien empêcher. F, cette femme qui tient sa maison dans un gant de fer ne peut que capituler.

Kabylie, terre colonisée

A naîtra en 1954 dans un pays déchiré par la guerre. Certains voulaient l’indépendance à tout prix tandis que d’autres souhaitaient que l’Algérie reste française. Pour nous peuple kabyle, c’est encore plus compliqué. Historiquement nous sommes des résistants à toutes conquêtes et avons été confrontés à l’envahissement de nos terres et de notre culture aussi bien par les arabes que par la colonisation française.C’est pourquoi, pendant la guerre nous devenons, comme nous l’avons toujours été quand nous étions menacés, des combattants farouches. La Kabylie paie un lourd tribu avec la disparition de nombreux hommes, qui ne revinrent jamais. Deux oncles de mon père ont ainsi disparu. Les soldats français s’installent au village où il ne reste plus que les femmes, les hommes étant partis se réfugier dans les grottes. Ils ne peuvent plus les protéger contre le viol, les réquisitions abusives, les coups et quelquefois la mort pour ceux qui résistent. La vie n’est plus qu’une humiliation quotidienne. Ma mère, a échappé par deux fois au sort funeste de la prison et de la mort. Alors qu’une chèvre s’était échappée, elle la pourchassait dans la montagne pour la ramener au village, un avion bombardier l’a repérée et a fondu sur elle. Malgré une peur atroce, elle ne pouvait renoncer à la chèvre car elle avait davantage peur de la colère de la grand-mère que des balles ! Elle eut alors l’idée de retirer son foulard et de le mettre enroulé à un bâton afin que les soldats comprennent qu’elle était une civile qui courait dans la montagne. Sa présence d’esprit l’a sauvée.
La deuxième fois, c’était dans la cour de la maison. Les soldats, qui arrivaient souvent à l’improviste, ont rassemblé femmes et enfants dans la courette et leur ont demandé de se déshabiller, nus. Cet exercice était malheureusement fréquent. Ce jour là, comme souvent, ils cherchaient des résistants qui avaient réussi à les attaquer. Y avait un gros bouton dans les reins, infecté et qui saignait. La panique la prît à l’idée de se dénuder et d’être prise pour une terroriste blessée dans l’attaque. Elle commença donc très lentement à retirer son corsage, hésitante pour retirer le jupon qu’elle tenait déjà dans ses mains. Ma grand-mère comprit la situation et partit précipitamment dans la chambre chercher un fusil qu’elle braqua sur un des soldats leur disant de déguerpir. Ma grand-mère avait une réputation allant bien au delà du village, de femme guerrière et peu impressionnable et les soldats la connaissaient. Déstabilisés, les soldats se retirèrent sans demander leur reste. Ma grand-mère ce jour là a sauvé ma mère.
La vie s’éternise avec la faim et la misère. Les familles à cette époque se nourrissaient de figues et d’huile d’olive. Les repas faits de viande étaient exceptionnels, réservés pour les fêtes. Coincés dans notre montagne, il fallait profiter de tout ce que la nature environnante nous donnait. Aujourd’hui, les routes sont goudronnées mais à l’époque, aller en ville c’était difficile, on n’y allait pas souvent. On profitait de la voiture du voisin quand il y descendait. Ce n’est qu’à l’âge de six ans que j’ai découvert la mer pourtant si proche quand je suis emmenée pour la première fois en ville : c’était magnifique.

Une enfance ponctuée de rites et de fêtes

Le rythme de mon enfance a été bercé des temps forts qu’étaient les fêtes qui rassemblaient tout le village.
La fête du feu se faisait sur le terrain de sa maison. Toute la famille proche était présente. On se retrouvait autour d’un grand feu et le but était de sauter par dessus les flammes qui s’élevaient au fur et à mesure que le brasier grossissait. Tout autour, les femmes et les filles accroupies chantaient, s’accompagnant de percussions improvisées, prenant tout ce qui leur tombait sous la main pour taper en rythme. J’ai le souvenir que cette fête était à la même date que la fête de la bougie, cérémonie juive en hommage à la destruction du temple de Salomon et il est probable que l’origine soit commune aux deux religions, faisant toutes deux référence au feu.

Il y avait aussi la fête « Amager n Tefsut », littéralement « aller à la rencontre du printemps ». On partait dans la montagne chercher une fleur, le premier qui la trouvait, la portait à sa bouche et soufflait dessus pour souffler l’air printanier. Cette journée demeure une des fêtes de la nature que nos aïeuls avaient tant célébrée vu que leur vie-même dépend principalement de cet équilibre climatique.

Enfin, l’Aïd qui est une fête très importante pour nous car elle représente la cohésion familiale. Elle était célébrée dans la joie malgré le peu de moyens que nous avions. La fête commençait la veille du jour de l’Aïd avec maman qui préparait son henné, symbole de protection, en mélangeant la poudre rouge à de l’eau bouillante puis s’enduisait la paume des mains avec quelquefois un cercle décoratif au milieu. Dès le lendemain matin, on se lavait soigneusement, on s’habillait de nos plus belles robes et on partait tout beau voir les cousins. On attendait ensuite le sacrifice du mouton exécuté par le chef de famille, en l’occurrence, H qui de plusieurs gestes adroits, ordonnés et codifiés dépeçait la bête. Une fois découpée, le mouton est partagé en part dont la « ssadaqa », aumône qui par solidarité revient aux pauvres.
La fête de la fin du ramadan était également un temps fort de notre communauté. Elle commençait trois semaines avant par la préparation des gâteaux. On achetait les dattes ou bien on faisait du troc comme du lait contre autre chose. Des figues, des raisins, des abricots, des figues de Barbarie ou des grenades poussaient à portée de main ce qui faisaient des ingrédients faciles pour la réalisation des douceurs servies pendant la fête. Bien sûr nous n’avions pas le droit de les cueillir !

Nous avions aussi beaucoup d’animaux. Des lapins, que je m’amusais à observer quand ils creusaient leurs galeries ; des pigeons abrités dans des cages que ma grand-mère avait construit ; des chèvres qui nous donnaient du lait ; des moutons et le bouc ; un âne asservi pour tout transporter.
Au fur et à mesure que j’écris, ma mémoire réactive des images, des senteurs venues de mon enfance.
La corvée de l’eau que ma mère allait chercher à la fontaine trois ou quatre fois dans la journée, nous emmenant avec elle pour la dernière afin que l’on puisse faire notre toilette directement là-bas ; celle du bois qui était essentielle pour alimenter le foyer pour la préparation des repas ; la grande malle bleue qui recevait nos vêtements soigneusement pliés, le peigne en écaille pour se coiffer ; les galettes de semoule, le sucre, le café et l’huile ingrédients rares qu’il fallait économiser ; la vaisselle en terre cuite et le broc de poterie qui gardait l’eau fraîche, les bracelets d’argents qui ornaient les femmes les jours de fêtes et qui tintaient pendant qu’elle battait le rythme des chants youyous, les peaux de chèvre séchées pour réaliser les tambourins… Tous nos gestes quotidiens avaient un sens propre à organiser notre vie simple mais riche. Notre terre, celle de mes ancêtres, est immense et je m’y sens très attachée, je lui appartiens.

Exil vers la modernité

Basculement dans un autre monde

Moi qui vivais jusqu’alors avec une insouciance propre aux fillettes, j’ai basculé dans la crainte de ce que j’allais advenir. Imaginez notre traumatisme, mes sœurs et moi, âgées alors de 12,11,8 ans, habituées à une vie rurale dans la montagne, d’être basculées dans le fracas d’une grande ville : prendre l’avion, le train et être immergées dans une frénésie de bruit, de lumière, de foule… Le premier mois de notre arrivée, papa nous a initié à la vie parisienne en nous faisant visiter les plus beaux sites de la capitale : la Tour Eiffel, le Sacré cœur, les Champs-Élysées … Une anecdote me revient en mémoire : La première fois où Thérèse, me servit un Flamby à table ! Voir cette substance qui bouge comme une chose vivante et que je dois manger m’épouvante et je recule de surprise…Je goûte malgré tout, je trouve cela bon mais je ne suis pas pour autant rassurée ! A un autre repas, on nous sert à chacune un steak. Pour moi c’était inconcevable qu’on puisse manger autant de viande pour un seul repas… Je découvre aussi le chocolat et les bonbons en France. Ce souvenir du geste délicat de choisir la précieuse gourmandise placée précautionneusement dans un sachet de papier et le garder comme un trésor jusqu’au soir reste encore aujourd’hui une grande émotion teintée de plaisir. Ma gourmandise me vaudra par la suite de nombreuses séances chez le dentiste ! Un autre choc fut aussi de prendre l’ascenseur : comment cette petite cabine, espace si restreint, pouvait nous emmener vers le haut…

Pour notre premier Noël à la maison, j’étais émerveillée de voir tant de lumière scintiller dans les rues, dans les magasins et de découvrir notre appartement décoré. Baignée de tant de beauté, je reçois un cadeau « de la ville ». C’est un kit de pâte à modeler mais je ne sais pas à quoi cela peut bien servir, habituée à ce que chaque objet soit utile ! Je n’ai donc pas joué beaucoup avec ce jouet préférant continuer à jouer avec ma poupée qui avait fait le voyage avec moi depuis mes montagnes kabyles. Mais j’ai gardé la tradition de Noël comme moment de joie et de partage.
Mon cerveau emmagasinait toutes ces nouveautés à une vitesse foudroyante et passé l’étonnement de chaque surprise, je m’acclimatais très vite à cette nouvelle vie.
Moi qui avais découvert la télévision chez une tante, je ne pensais vraiment pas qu’un jour je pourrais en avoir un poste dans ma propre maison ! La télévision dans notre appartement avait une grande place. Papa adorait regarder les films et les émissions de variétés. Je me nourris bientôt des films de Walt Disney et chez nous la punition suprême était d’être privé de Télé…A partir de 7h30, on entendait RTL que papa écoutait tous les matins avant de partir travailler. Plus tard, Ali rapportera un mange-disque avec toute une collection de disques vinyls dont les disques de Johnny Halliday mais il me faudra attendre des années avant que je puisse m’acheter mon premier album : Barbara Streisand.

Mon intégration en France

Mon arrivée en France m’a jetée dans une classe d’adaptation de 6ème pour enfants d’immigrés sous couvert de l’obligation scolaire. Il s’agissait de nous apprendre à parler rapidement et convenablement le français sans nous apporter les bases de la langue écrite. Aujourd’hui, je pense que l’idée sous jacente de cette politique était que nous n’avions pas un grand avenir. Pour l’administration, il était inconcevable que nous puissions intégrer une scolarité de haut niveau, ce qui a été largement démenti par la suite par la promotion d’enfants issus de l’immigration à des postes et des responsabilités prestigieuses.
Malheureusement, je rêvais de faire des études, forte de ma scolarité entamée en Algérie. J’aimais apprendre et c’est pleine d’ambition que je rejoins les bancs de l’école française.
Quand j’ai commencé à écrire, j’ai choisi ma main gauche et je n’ai pas eu la chance de tomber sur une maîtresse pédagogue. Dans les premiers jours, elle arriva à ma hauteur, elle prit mon stylo et le replaça dans ma main droite ! Je réagis, lui expliquant que j’avais commencé à écrire avec ma main gauche. Devant toute la classe, elle a rigolé et s’est exclamé : « comment peux tu savoir de quelle main tu écris puisque tu n’a jamais vu un stylo de ta vie ! » Je me suis sentie humiliée et cette phrase est restée ancrée en moi laissant une blessure d’amour propre qui m’a empêché définitivement de m’affirmer par écrit. Par contre, en moins d’une année, je maîtrisais parfaitement le français à l’oral.

 

 

 

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