Biographie,écrire sa vie

L’histoire de ma vie

Biographie « L’histoire de ma vie » par Menie

Biographie,écrire sa vie

Une vie simple et joyeuse, ponctuée d’anecdotes légères  et de douleurs où Ménie décrit la misère d’autrefois qui sévissait à l’époque de ses grands-parents en Vendée. Elle nous plonge dans la vie quotidienne dans le saint-Gilles de l’occupation allemande avant de nous entraîner dans ses voyages de jeune maman où enfin elle découvre l’ailleurs.Un récit touchant.

EXTRAITS DE « L’histoire de ma vie »

Des origines de notre famille

Ils travaillaient quelques hectares de terre et avaient deux ou trois vaches pour leur donner du lait. La vie était dure, les jours s’écoulaient dans le labeur quotidien.

Ils avaient un voisin qu’on disait sorcier. C’était un vieil homme qui souvent venait le soir les rejoindre à la veillée. Un soir de Mardi gras, il vint et prédit que leur chat, un très bel animal, ne passerait pas les fêtes de Pâques. Ils furent surpris d’entendre ça et ne voyait aucune raison à ce que leur chat meurt…Et pourtant, deux semaines plus tard, effectivement le chat était mort.

La petite F, puis le père commencèrent à croire qu’on leur avait jeté un sort et eux mêmes moururent peu de temps après. Pendant quelques mois, la mère résista et resta dans sa ferme jusqu’à ce que la peur la fasse se réfugier avec ses enfants dans une cave à Saint R.

Mais en tant que métayer, la terre leur était louée jusqu’à la Toussaint et il fallait faire les semailles. Des voisins charitables labourèrent leur champ et c’est la petite M, alors âgée de 14 ans, qui se chargea de semer le blé. Cette année là, il pleuvait beaucoup et la terre était détrempée mais malgré tout, pieds nus, M réussit faire les semailles pour sauver la récolte.

C’est la grande misère et il faut que chacun puisse se rendre utile pour nourrir la famille. M, A et A sont mis en gage comme domestiques et bergers car trop jeunes pour faire d’autres travaux. M sera placée plusieurs années dans des fermes, jusqu’au jour où un de ses patrons la viola.

Neuf mois plus tard, naquit un petit garçon: J. Mais M n’eut pas le loisir d’élever son enfant, avec le lait précieux qu’elle avait de sa maternité, elle fut envoyée comme nourrice dans une famille noble à A.

Ce fut donc M, la grand-mère qui se chargea du petit J avec le peu d’argent qu’elle gagnait de ses journées…Elle nourrissait le petit de bouillon, coupé de lait écrémé. Quand elle travaillait aux champs, ce qui n’était pas toujours possible, elle plaçait J sur des sacs de jute au bout du champ.

Le pain était rare et ce n’était pas du pain blanc mais du noir, nourriture des pauvres. Quelquefois les voisins leur donnaient un peu à manger quand il n’y avait plus rien dans la maisonnée.

M, la mère de J, toujours placée en ferme, choisit de se marier avec un homme diminué par des crises d’épilepsie. Elle n’avait pas le choix, étant fille mère, elle ne trouvait aucun parti. A cette époque là, avoir un enfant avant le mariage était très mal considéré.

Le jour de la cérémonie, aucun membre de sa famille ne vint pour la cérémonie. Ils ne voulaient pas de ce mariage et ce fut son fils,  alors âgé de 6 ans, qui conduisit sa mère à la mairie puis à l’église.

Désormais, il était en âge de quitter sa grand-mère mais malheureusement ne pouvant rester avec sa mère, cela faisait une bouche de plus à nourrir, il partit à la ferme de la P . Il gardait les moutons contre sa nourriture mais il ne mangeait pas à sa faim. Pour rejoindre le champ, les chemins étaient tellement mauvais que les employés le portaient sur leur dos. Les domestiques dormaient dans la boulangerie où on faisait cuire le pain tous les 8 à 10 jours. Les lits se résumaient à une paillasse avec comme matelas un sac de balles d’avoine et les gros draps rugueux étaient faits de sacs de guano ou de toile de jute et enfin par dessus, un vieux couvre-pieds usé. Dans la cheminée, on faisait cuire les patates pour les cochons. Pour allumer le feu, on utilisait des fagots faits d’ajoncs, de genêts voire même de pieds de choux séchés…rien ne se perdait!

Un soir de mardi gras, quand J est rentré à la ferme avec les autres valets, une soupe les attendait où baignaient quelques patates prises dans la marmite des cochons et quelques haricots noyés de sauce. Dans la cuisine à côté, la patronne faisait des crêpes mais bien sûr ce régal n’était pas pour eux!

Normalement, l’école était obligatoire sauf pour les enfants engagés comme domestiques. Mais J y allait, malgré tout, le soir après sa journée de travail. Il partait à la nuit tombée et devait parcourir quatre kilomètres, le ventre creux jusqu’à Saint R où était l’école. Pour tenir, il s’arrêtait chercher du pain sur le compte de sa famille, déjà en peine de s’acheter de quoi nourrir sa petite   soeur et son petit frère. La situation était difficile pour la mère qui ne travaillait que pendant la belle saison, si bien qu’au bout de quelque temps, J n’alla plus à l’école. Ce qui l’arrangeait bien car il préférait jouer avec ses copains! Il regrettera toute sa vie de n’avoir jamais appris à lire même en essayant bien des années plus tard. Par contre il savait compter et écrivait très bien.

L’ombre de la guerre

L’année de ses dix-huit ans, il est enrôlé dans l’armée et part faire la grande guerre dans les Ardennes. On est en 1917 et c’était une telle hécatombe, qu’on prenait les jeunes dès 18 ans…

Il fut directement envoyé au front après quelques jours pendant lesquels il garda des vaches parce que les paysans étaient réfugiés. Enfin le 11 novembre 1918, il entendit les cloches qui sonnaient la fin de la guerre, mais il dut rester encore deux longues années avec les troupes cantonnées en Allemagne. Il obtint une courte permission de 48 heures et il vint à Paris pour visiter la capitale…Mais ne sachant pas lire, il passa sa journée à tourner dans le métro sans pouvoir se diriger! Il finit par rencontrer des militaires qui lui indiquèrent quelle destination prendre pour ne pas rater son train de retour en Allemagne!

Quand il est rentré en France, J reprit son travail de domestique à une ferme   à Saint Révérend.

Dans la branche paternelle,ce fut H qui partit rejoindre le front. Pendant deux années, il a subi l’atroce guerre des tranchées avant d’être blessé en 1916. Il est resté deux longs jours sur le champ de bataille avant d’être ramassé par une ambulance qui ne sortait que la nuit pour ne pas être sous la mitraille. Quand la charrette est enfin arrivée près de lui, le conducteur lui a dit que la carriole était déjà pleine de blessés et que s’il voulait être ramené, il lui fallait monter devant, à ses côtés… N’ayant pas le choix et malgré la crainte que lui inspirait les chevaux, il a accepté. Avec dans la tête et dans le bras sept éclats d’obus, il lui fallait vite se faire soigner pour être sauvé. La charrette, malgré les balles qui sifflaient de part et d’autres parvint à se sortir du guêpier et H put être soigné. Il souffrait beaucoup de ses blessures, ce qui ne le rendait pas toujours facile à vivre, comme tous ses compagnons qui avaient vécu la même boucherie. Il fut démobilisé en 1916 et revint chez lui pour reprendre sa place auprès de sa famille et son métier de fermier quand sa santé lui permettait.

Une place en or

Un jour, la secrétaire de mairie conseilla à mon père d’écrire au conseiller du département pour devenir fonctionnaire comme cantonnier départemental.

-« Qu’est ce qui va dire moi, qui sait pas lire et écrire lui répondit J. »

Le secrétaire lui proposa alors de rédiger la lettre en son nom. Sa demande aboutit et il fut nommé à C, à l’autre bout du département! Pour l’époque c’était une aventure que de déménager si loin! Il lui fallut trouver un hébergement pour lui et sa famille et n’ayant pas d’autres moyens, il parcourut les 70 kilomètres qui le séparaient de C pour s’enquérir d’un logement. Au café du coin, il demanda à tout hasard si quelqu’un aurait une location et on lui indiqua une maison. Il tenta sa chance et obtint la location. C’était l’ancienne demeure bourgeoise d’un grand médecin de N, dotée de dépendances et d’une ferme où vivait un métayer et sa famille.

Désormais, papa est fonctionnaire d’Etat et il prend sa fonction très à coeur, ce qui n’est pas toujours évident dans le bocage où l’église fait loi. En effet, devant respecter la laïcité de sa fonction, il place ses fils à l’école publique, ce qui n’est pas du tout au goût de monsieur le curé. Celui-ci n’aura de cesse de le chicaner jusqu’à lui refuser la confession! Mais papa sait contourner l’obstacle en allant voir le vicaire pour qu’il use de son droit de confesse! Régulièrement le curé demande à J de faire des petits travaux et papa se défend, disant qu’il ne peut le faire sans consigne de sa hiérarchie mais pour le vicaire qu’il respecte, il finit par les effectuer malgré tout, en dehors de ses heures de service! Après son travail, il va donner un coup de main à la ferme pendant la saison d’automne et d’hiver, car les bêtes n’étant plus dans les champs mais à l’étable, il y a une surcharge de travail. Après tout c’est son ancien métier et sans doute que cela lui manque un peu.

Retour sur la côte

Dans notre logement, il n’y a qu’une seule pièce où trône une cuisinière bleue. Il n’y a pas de jardin mais une minuscule cour, c’est dur de se retrouver là, surtout pour mes frères habitués aux grands espaces du domaine de l’A. Les murs de la courette ne suffisent pas à retenir leur curiosité et leur génie à inventer des jeux… Mon frère, très bricoleur, se met en tête de fabriquer une cabane à lapins mais il lui manque de quoi faire la toiture pour les protéger de la pluie. Qu’importe, il a repéré pas trop loin, près du vieux cimetière, une sorte de décharge où sont jetées des grandes boîtes de conserve…Il décide d’aller en récupérer quelques unes avec la remorque qu’il s’est fabriquée, une caisse montée sur les deux roues de mon ancien landau. Puisqu’il me garde pendant l’absence de mes parents, les jeudis et pendant les vacances scolaires, il est obligé de m’emmener avec lui. Pas de problème, il me pose dans la remorque  et nous voilà partis, Georges poussant la remorque en courant. La route qui borde le vieux cimetière est en forte descente et la rivière se trouve au bout avec quelques cyprès plantés sur le rivage. À l’époque cette partie de la berge n’était pas encore remblayée comme aujourd’hui. Dans son élan, G laisse échapper la remorque qui file vers la rivière…mais les anges veillent et la carriole dévie et se  heurte dans  l’un des cyprès. Jamais je n’effacerai de ma mémoire la peur que j’ai eu ce jour là, d’ailleurs quand je passe sur cette route, l’émotion m’étreint à chaque fois, surtout quand la mer est haute.

Je me souviens des Noëls modestes mais joyeux. Ce jour là nous mangions de la sardine. On faisait tous les ans une crèche composée avec des figurines qu’on récupérait à droite et à gauche. Un baigneur faisait le petit Jésus qui une année avait brûlé à cause d’une bougie! Pour chaque Noël Mémé nous offrait à chacun un petit jésus en sucre et une mandarine, chez votre père c’était une orange. Maman m’avait offert une poupée en carton articulée avec laquelle je jouais sans arrêt, je l’ai d’ailleurs toujours. Une année mon frère avait eu une petite boîte de peinture mais sans pinceau: qu’à cela ne tienne! Il avait coupé une mèche de ses cheveux pour en fabriquer un!

Notre paradis occupé

Au fur et à mesure les combats avancent et bientôt la ville est occupée par les soldats allemands qui envahissent notre quotidien car elle se trouve dans la zone côtière interdite. La  plage se hérisse de barbelés. Tout le quartier des quais est bouclé avec interdiction d’y circuler. Les habitants doivent sortir par l’arrière de leur maison et le soir les soldats condamnent l’accès au pont. Nous subissons donc une étroite surveillance et chaque soir le couvre-feu nous interdit de sortir après onze heures. Le quartier de la plage est évacué en 1941 pour procéder à l’installation de zones de tirs dans les dunes de la Garenne. Nous vivons dans la crainte, toujours sur nos gardes, avec sous les yeux dans nos rues des armes pointées sur nous.

A partir de 1940, les réfugiés des Ardennes arrivent  et il faut trouver de la place pour les installer car ils sont très nombreux. Le maire réquisitionne la moitié de nos salles de classes et nos pupitres sont placés sous le préau. On alterne par demi-journée l’occupation sous le préau. Malheureusement, cet hiver là sera terrible et nous nous gelons quand c’est à notre tour de faire classe sous le préau… Je me souviens que mon père mettait les pommes de terre sous le lit pour ne pas qu’elle gèlent! Pendant cette triste période, à l’école, une petite fille juive s’est faite arrêter avec ses grands-parents, tous déportés à Auschwitz. Ils n’en reviendront pas. Le calvaire dure pendant cinquante mois…

Régulièrement nous allons ramasser  les doryphores qui pullulaient. Il faut savoir qu’en juin 1942, les allemands ont, par décret ministériel, exigé le ramassage des doryphores pour les chômeurs et les écoliers une fois par semaine.
En 1942, j’ai l’appendicite et je ne peux être opérée qu’à l’hôpital de la préfecture. Mais il faut franchir la ligne qui démarque la zone du mur de l’Atlantique et on ne passe pas si facilement.   Il faut un ausweis pour circuler d’une zone à l’autre…Mon père a alors emprunté la voiture des Ponts et chaussées, le chef cantonnier lui a fourni l’essence et il m’a emmenée en urgence. Quand je suis arrivée dans la nuit, il n’y avait plus de médecin sur place et on les a rappelé…il était temps! J’ai pu être opérée.

L’hôpital est tenu par des religieuses et elles manquent de tout. Au point de ne pas pouvoir me donner une chemise de nuit de rechange que j’ai souillée avec du vomi et je suis restée trois jours avec, avant que maman ne m’en apporte une propre! Nous sommes seize par chambre et une odeur de chloroforme envahit l’atmosphère. D’ailleurs cela gênera tellement maman, venue me voir deux fois à l’hôpital, qu’elle ne desserrera pas les dents tout le temps de sa visite! C’est là que j’ai mangé des épinards pour la première fois…et je n’ai pas aimé. Ce dégoût m’est resté jusqu’à il y a très peu de temps, sans doute était-ce en souvenir de ces mauvais jours!

Mes oncles, sont partis mais sont revenus pendant la débâcle de 1940. Ils ont réussi à se sauver d’un convoi de prisonniers. H nous a raconté qu’à la faveur de la nuit, alors qu’ils longeaient une forêt avec de hautes fougères, il s’est laissé tomber dans le fossé avant de disparaître dans le bois et il est revenu. Quant à J, avec deux autres camarades, ils ont perdu leur régiment et cherchaient à rejoindre la troupe. Ils marchaient toujours avec leur arsenal dont une mitrailleuse!!! Des fermiers les ont accueillis et leur ont dit qu’ils allaient se faire prendre avec leur matériel, que la guerre était perdue et qu’il fallait qu’ils rentrent chez eux. Ils ont tout laissé et sont repartis avec des vélos jusque chez eux.

Deux oncles de votre père ont également réussi à revenir. Pour l’un d’eux, qui était cavalier et qui avait encore son cheval, c’est son capitaine qui lui a dit: « Sauve-toi donc avec ton cheval. C’est foutu. »

Le 15 août 1944, une bataille navale se déroule entre un bateau allemand et un vaisseau américain et les obus sifflent au dessus de nos têtes. Inutile de préciser la peur qui nous prend les tripes. Le bateau allemand sera coulé au large de Brétignolles. Pour eux c’est le début de la fin et leur départ est proche. Les allemands projettent de faire sauter la ville avant leur départ en plaçant des mines mais un des notables de la ville, un résistant, leur a conseillé de ne rien faire s’ils ne voulaient pas que cela aille plus mal : ils ont renoncé. Et enfin le 28 août 1944, les allemands quittent la ville mais l’armistice, qui mettra un terme définitif au conflit ne sera signé, comme chacun sait, que le 8 mai 1945.

Au son des cloches joyeuses qui sonnent la fin de la guerre, la joie éclate partout dans les rues. Les drapeaux fleurissent aux balcons, les gens s’interpellent, rient…Bientôt c’est la fête où, sous la halle, on danse, on chante au son des accordéons sortis des greniers qui attendaient l’heure de la victoire.

Je revois les lampions…Qu’est ce qu’on a dansé, c’était quelque chose! J’avais quatorze ans et je participais à ce jour historique.

Mais il faudra du temps pour qu’on profite des plages sans craindre un accident. Il fallait évacuer toutes les traces de cette guerre sanglante et mon père en tant que cantonnier a participé à nettoyer les plages et faire disparaître tout ce qui était dangereux. Les hommes qui se chargeaient de ce travail ne savaient pas quoi faire de tout ça (mines, explosifs, barbelés…) alors ils ont jeté le tout dans les puits, recouverts  de plaques de ciment. Les pompiers avec les lances à incendie, dégageaient le sable pour que les blockhaus s’enfoncent dans le sol mais beaucoup sont restés et seulement murés. Juste après la guerre on jouait à cache-cache dedans….Inconscients du danger, nous allions à la plage pour pêcher les pignons et jouer à grimper sur les poteaux qui reliaient les barbelés. Il n’y avait aucune information à l’époque. Quand mon père l’a appris, nous nous sommes faits sacrément rouspéter! Pour nous, le temps de la guerre était fini, nous retrouvions la liberté après toutes ces années de privation.

Enfin on peut sortir

Comme toutes les jeunes filles, je sors quelquefois au cinéma avec mes copines d’apprentissage voir des films d’aventure comme « Robin des bois » avec Eroll Flynn ou « Arène sanglante » avec Tyron Power. Celui qui m’a particulièrement marquée c’est « Les trois Saint-Cyr », sorti au début de la guerre, il montre de beaux hommes en habit de militaire…C’est mon côté romantique!

Mais le plus souvent je vais à la plage. J’ai appris à nager dans les viviers pendant la guerre. L’activité étant arrêtée à cause de la guerre, les propriétaires des viviers ont proposé au patronage de laisser les viviers pour apprendre aux enfants à nager. Les religieuses nous ont fabriqués des sortes de corsets de tissu reliés à une barre de fer qu’elles tenaient pour nous maintenir à la surface de l’eau. Puis ceux et celles qui commençaient à se débrouiller, on leur accrochait des bidons d’huiles vides à la taille, en guise de flotteurs et les voilà partis à nager seuls, surveillés par une religieuse armée d’une grande perche!

L’entrée dans ma vie de femme

Au petit matin, le brouillard enveloppe le paysage avant que le soleil éclaire de toute sa splendeur cette journée, la plus belle de toutes. Nous avons pris le chemin parcourant 4 km à pied pour rejoindre la noce où attendent plus de cent personnes.

A peine quelques jours plus tard, nous partons rencontrer notre futur patron, qui de surcroît nous loge sur place. La maison est une vieille bâtisse en rénovation pleine de courant d’air! La cuisine a une porte où un chien aurait pu passer à travers et notre chambre se trouve au dessus d’un couloir, sans porte!

Quant au travail, il s’agit de s’occuper des vignes du propriétaire. Nous n’avons pas le choix, du travail et un logement aussi misérable qu’il puisse être, nous donne l’occasion de démarrer notre vie.Votre père ne gagne que douze francs par mois, ce qui représente un cinquième d’un salaire moyen, pépé  comme cantonnier gagne 35 francs par mois! Pour survivre, notre menu journalier est à base de pommes de terre et pour le dimanche, agrémenté de lumas – des escargots- que je vais chercher dans les murs de la propriété. Mon frère  m’a donné une lapine et A nous a vendu deux poules et un sac de blé, ce qui nous permet de varier un peu nos menus de temps en temps…C’est comme cela, il fautt faire avec ce qu’on a.

Le temps des vendanges

C’est un temps joyeux dans ce petit pays. Pour assurer le travail, les patrons ramènent de N de la main-d’oeuvre accompagnée de leur famille. On couche les travailleurs dans de grandes chambrées. Les filles de N n’ont pas froid aux yeux: le soir elles vont au pressoir pour goûter le fruit de la cueillette! Elles se badigeonnent les cuisses et les fesses de raisins aidées par les godelureaux! Ce n’est pas triste car le soir, les patrons repartis  nous pouvons nous amuser dans une ambiance plus gaie qu’à l’ordinaire. On chahute et on rit jusqu’au moment où A met le holà et nous remet au travail. Il a compris qu’il vaut mieux lâcher du lest de temps en temps et effectivement, après ça, le travail reprend correctement. A travaille dur, les vendanges se font par tous les temps qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. Et même si le travail est là, le patron a du mal à sortir ses sous. Nous ne sommes payés qu’au compte goutte avec beaucoup de retard alors qu’il faut faire bouillir la marmite.

L’exploitation des petites gens

Un jour où encore une fois, le pain manque, je vais à la boulangerie pour obtenir malgré tout une miche alors que je n’ai plus de tickets. La boulangère ne veut rien savoir et je repars…Mais il faut pourtant bien manger, j’y retourne donc et en rentrant qui je vois??? Le fils de notre patron qui vient chercher des sacs de pain pour ses chiens. La colère me prend et je dis à la boulangère que les chiens sont mieux servis que les gens qui travaillent, qu’on ne les paie pas pour qu’ils puissent acheter leur pain!

Evidement il rapporte l’incident à son père qui débarque chez nous hors de lui. Il s’en prend avec colère à moi mais se garde bien de nous mettre à la porte! Car évidemment des employés aussi dociles, on ne les renvoie pas, ils sont précieux, on profite de leur misère. Ils rapportent plus qu’il ne coûte. Cet incident aurait du le faire réfléchir à mieux nous considérer ce qu’il ne fait pas et quelque temps après une autre discussion infâmante, nous avons démissionné dans l’heure… Nous n’avons jamais regretté notre choix.

La fin d’un récit

Comment terminer le récit de sa vie quand la vie continue… J’ai fait le choix de l’arrêter  à l’époque de votre jeunesse, celle où les souvenirs sont lointains et furtifs. Ce sera à vous d’écrire la suite…

Ce livre est là pour donner le fil d’Ariane de notre histoire familiale. Il retrace les grands moments comme les petits bonheurs de notre quotidien. Je l’ai voulu gai, joyeux, ponctués d’anecdotes drôles, tout en narrant les évènements plus graves qui ont marqués notre vie.

J’espère que vous le recevrez avec joie. Pendant le temps de son écriture, j’ai pu revivre avec émotion certains passages de notre existence qui fut, malgré la rudesse   du quotidien, emplie d’amour. Votre père pendant tout le temps de l’écriture m’a accompagnée comme il l’a fait pendant toute ma vie, c’est donc aussi une part de lui qui vous est donnée.

Je vous souhaite mes enfants, mes petits-enfants de vivre une vie aussi riche que la mienne et vous remercie de ce cadeau de jouvence.

 

 

 

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