Ma vie au long cours entre terre et mer

 « Ma vie au long cours entre terre et mer »

Mers el Kebir,autobiographiebiographie réalisée en 2008 avec Constant, retraité de la marine nationale.

Constant m’ayant confié son journal de bord écrit alors qu’il était dans la marine, son livre a nécessité 6 heures d’entretiens et 9 heures de réécriture de ses écrits originaux.

EXTRAIT DE SON LIVRE

La vie d’autrefois

il y avait deux charrons-tonneliers, ces artisans qui autrefois fabriquaient les roues de chariots mais aussi  toutes les parties qui les composaient comme les ridelles ou les cabestans ainsi que des échelles et des barrières de bois.

Nous avions aussi deux maréchaux pour ferrer les bêtes, deux épiciers et  cinq cafés.

Le dimanche, après la messe, les cinq cafés étaient pleins.

Les gens étaient  heureux de se retrouver autour d’un verre à parler de leurs bêtes et de leur travail.

Il y avait aussi un endroit qui aujourd’hui a totalement disparu des villages : c’était  la brûlerie.  C’est, dans la commune, le lieu où on distillait l’alcool grâce un alambic fixe.

C’est qu’à l’époque les hommes buvaient beaucoup d’alcool. Mon père n’échappait malheureusement pas à la règle et une fois, il a bien failli se noyer dans la douve remplie d’eau qui entourait la propriété de « La butte » au centre du village.

Les marchés étaient à Cossé le vendredi et à Laval le samedi. Mon tonton Louis et ma tante Mathilde des « grandes Noës » allaient vendre régulièrement leurs produits comme le beurre ou la volaille et en profitait pour s’informer sur le cours des bêtes.

Quelquefois ils m’emmenaient avec eux, dans leur carriole. Laval c’était loin, il fallait plus d’une heure pour y arriver.

Je me souviens encore de la jument  Louise qui nous y menait d’un bon train. C’était une gentille petite bichette.

La vie quotidienne des mères de famille

Maman avait donc beaucoup à faire avec la cuisine, le ménage et surtout la lessive qui était une vraie corvée : remplir la chaudière avec des seaux d’eau qu’il fallait tirer dans le puits, faire chauffer et bouillir, rincer jusqu’à la mare de la Charmelière et quelquefois casser la glace en hiver et faire sécher le tout dans des endroits humides.

Mais cela ne s’arrêtait pas là ! Il y avait encore à repriser nos bas de laine souvent troués aux genoux par nos nombreuses chutes, à réparer les semelles de nos sabots de bois en y mettant des clous et des nez de fer qu’elle découpait dans les boîtes de cirage avec sa vieille cisaille. Ils s’ajustaient parfaitement à la forme de la pointe du sabot, elle les fixait alors avec de petites pointes. Nos sabots repartaient battre la campagne jusqu’à devenir trop petits et passer aux benjamins de la famille.

Le patois était interdit à l’école, cela ne me gênait pas car à la maison  nous ne le parlions guère, à part deux ou trois expressions locales comme « vacri le chaudron » pour dire « va chercher  le seau. »

L’école

Mon premier instituteur s’appelait monsieur Lepervier. Il était très dur et très sévère. Les cours commençaient à huit heures le matin.

La cloche sonnait le rassemblement qui devait s’effectuer sur deux rangs sans bousculade.

La journée commençait par les prières et l’éducation puis immédiatement après la récitation des leçons. Le maître disait : « Ceux qui savent à droite et ceux qui ne savent pas à gauche. » Malheur à ceux rangés à gauche qu’il attrapait par le cou, mettait à quatre pattes et frappait avec le rotin. Mais après, les autres étaient appelés un par un pour réciter leur leçon et subissait le même sort s’il ne la savait pas  avec la variante de s’en aller  au coin sur les genoux pour attendre la raclée de coups de rotins sur les fesses, à en pisser dans la culotte de douleur.

Ce maître au bout quelques années,  a été appelé sur une autre commune et a été remplacé  par Monsieur Fréard.

Cet instituteur était très respecté, il nous demandait tout autant de travail mais il nous aidait en nous gardant le soir après la classe pour nous faire les devoirs.

Souvent nous restions chez lui,  il avait grand jardin et pendant qu’il s’occupait à ses plantes, nous lui récitions nos leçons.

Mais attention, il ne fallait pas simplement  savoir par cœur mais il fallait surtout  comprendre ce que nous apprenions. C’était un homme de bien. Il était le secrétaire de la commune mais le maire étant fermier, c’est lui principalement qui administrait les affaires du village.

Le soir, nous devions faire le ménage de la classe et souvent le bâton disparaissait alors le lendemain il fallait en retrouver un pour éviter à la classe d’être consignée.

Au retour de l’école il fallait faire les tâches ménagères habituelles dans une maison privée d’électricité et d’eau courante. Tirer l’eau du puits, faire le feu dans la cheminée, faire les courses au village était nos missions journalières.

Je partais avec un grand cabas que me confiait maman et je prenais soin de nous ravitailler aussi bien chez Paillard que chez Garreau car cela avait une importance de faire vivre les deux.

A l’époque tout le monde se connaissait dans les villages, il ne fallait froisser personne.

A l’automne on allait remplir les grands sacs de châtaignes au bois des Patrières pour les réserves d’hiver. Le soir, quand il faisait froid on se régalait des châtaignes cuites dans un bol de lait bien chaud.

Puis après avoir effectué les tâches ménagères nous retournions à nos devoirs, sur la table, sous la lampe à pétrole ou à la lueur des bougies.

Après avoir été au fond du jardin pour aller au toilettes, nous pouvions enfin nous coucher à trois par lit en prenant soin l’hiver de mettre une brique à chauffer emballée dans du papier journal pour trouver un peu de chaleur dans les draps humides et épais.

Nos journées étaient dures et le sommeil venait vite.

Quand il nous arrivait d’avoir un peu de répit nous fabriquions des jouets en bois à l’aide de planchettes et de pointes, sans éviter de nous taper sur les doigts avec le marteau. On ne connaissait pas les jouets.

A l’école, nous formions une chorale où on apprenait les chants pour la fête de Noël où nous recevions à l’école, chaque année, Monsieur le curé, Monsieur le Maire et le comte et la comtesse de la Barre.

Une année c’était à l’école des garçons et l’année suivante à l’école des filles. Pour l’occasion, chacun de nous recevait une orange et un petit sac de bonbons offerts par Monsieur le comte et sa femme.

Quand j’ai eu huit ans, j’ai dû apprendre le latin pour donner la réponse à la messe en semaine et le dimanche. C’était dès six heures trente et l’hiver c’était très dur de se lever. J’étais souvent en retard et le bedeau me remplaçait jusqu’à mon arrivée. Dans ces cas là je me faisais disputer par Monsieur le curé.

Quelquefois, après la messe de six heures trente, j’accompagnais Monsieur le curé pour porter la communion aux malades. Je marchais devant avec ma petite lampe et la croix à travers les chemins, pleins de boue. Parfois sur des sentiers il fallait escalader des barrières et si pour moi cela passait tout seul, il n’en allait pas de même pour Monsieur le curé empêtré dans sa longue soutane. Il fallait faire parfois plus de deux kilomètres pour rejoindre les fermes les plus éloignées comme à Langron chez les Hautbois ou à la Valinière chez les Ricou.

A 10 ans, on  préparait  la communion solennelle en allant au catéchisme deux fois par semaine à l’église.

Je crois que c’était en fin de matinée le jeudi matin et l’après-midi le dimanche.

Il n’aurait pas fallu rater le catéchisme, la messe ou les vêpres. Nous étions d’ailleurs tous enfants de chœur.

C’est donc en 1930 que je faisais ma communion. Ce fût une belle et grande fête. Je me souviens de mon petit costume bleu marine avec un joli brassard blanc au bras gauche et les filles toutes de blanc vêtue avec les grands voiles, pareilles à des mariées.

A cette occasion, mon parrain Joseph m’offrit un Christ que j’ai toujours gardé. Quelle belle cérémonie !

A partir de mes huit ans, je suis devenu  bicard : c’est-à-dire embauché pour travailler dans une ferme, en échange du gîte et du couvert et  en dehors du temps scolaire. C’était ce qui était convenu entre mes parents et la fermière et il n’y a jamais eu une petite pièce en fin de semaine !

Je suis donc parti vivre dans la ferme de la Tremblaie qui se trouvait sur la route d’Ahuillé, à un kilomètre du bourg.

C’était une ferme de trente hectares tenue par la veuve Fournier et son fils Pierre qu’on surnommait Tibijacques, sans que je sache pourquoi.

Le gars Louis Thomas, le domestique vivait là-bas aussi. C’était un vieux garçon dont les mains et les genoux étaient tellement déformés par les rhumatismes qu’il avait du mal à se déplacer.

Nous dormions tous les deux dans le fournil. C’est dans cette pièce que se trouvait l’écrémeuse  pour passer le lait et le chaudron pour préparer la nourriture des cochons. C’est aussi là qu’étaient stockés les pains de dix et douze livres. La patronne était très gentille mais un peu avare, il ne fallait donc pas s’aviser de piocher dans les réserves. La nourriture était d’ailleurs très moyenne, la table du midi se composait  le plus souvent de morceaux de lard très gras, que j’avais du mal à avaler, accompagné de pommes de terre et de choux. Le soir, on mangeait de la soupe et des pommes cuites dans la cendre du feu de la cheminée.

Ma journée commençait très tôt. Il fallait   garder les vaches dans les champs et puis  les ramener à l’étable pour la traite. Je devais ensuite filer à l’école après avoir englouti un bol de lait avec un peu de café que je vomissais aussitôt. Puis je me faisais  une demi- tartine de pain rassis avec une fine couche de beurre que la patronne vérifiait avant de l’emballer pour la journée. Si bien sûr la couche de beurre était trop épaisse, la patronne prenait soin de racler la tartine et de remettre le surplus dans l’assiette.

Je veillais, si j’entamais le pain de bien faire le signe de croix.

J’aimais bien  m’occuper des bêtes.

Je devais soigner les lapins, ramasser les œufs perdus un peu partout dans le pailler, nourrir et nettoyer les cochons.J’attachais   les vaches au râtelier et je conduisais  la jument à travailler. C’est qu’elle rendait de grands services à la ferme : tirer le rouleau dans les champs de labour ou le tombereau pour tous les transports.

Il fallait s’occuper des plantations de betteraves et de choux. C’était long et fatigant. Tout d’abord, au mois de mai on creusait bien droit les sillons dans le champ puis on y piquait les plants. On parcourait le champ avec nos deux paniers remplis de plants qu’on piquait à chaque trouée de binette faite par le domestique tous les cinquante à soixante centimètres sur une centaine de mètres.

J’avais mal aux reins à être toujours courbé sur une telle distance et nos paniers étaient très lourds à porter. A chaque fin de sillon on le rechargeait. Cette tâche s’effectuait sur plusieurs jours.

Ce que je n’aimais pas beaucoup  c’était tourner  la baratte pour faire le beurre. Il fallait, suivant la température de la pièce, actionner la manivelle parfois pendant plus d’une heure. Une fois le beurre fait, elle l’égouttait dans une jatte pour récupérer  le petit lait, puis elle le salait  et le modelait en motte de une livre, prêt à vendu sur le marché.

L’été, pour tenir le beurre au frais, il fallait le déposer dans un panier d’osier  et le descendre dans le puits au bout d’une chaîne, juste au dessus du niveau de l’eau.

J’effectuais encore beaucoup d’autres travaux comme le ramassage de bois, de pommes ou l’affûtage des scies sur la grande meule.

Quand arrivait le temps des moissons les journées se rallongeaient et on pouvait travailler de cinq heures le matin à cinq heures le soir avec des temps de pause d’un quart d’heure toutes les heures pour boire. Je devais alors courir chercher une cruchée de cidre à la cave pour que ce soit bien frais.

Pendant quatre cinq jours, les fermiers de Maisonneuve, nos voisins, venaient nous aider.

Les blés étaient coupés à la faucheuse, il fallait ramener le tablier en lamelles de bois pour faire d’abord  les javelles déposées ensuite sur le lien pour en faire la gerbe.

Toutes ces gerbes étaient mises en tas, alors le battage pouvait commencer.

La machine à battre était actionnée par quatre juments qui tournaient le manège. Je me  plaçais au centre du cercle, c’était la place du  bicard, pour activer les juments.

Il y avait aussi les foins à engranger dans les greniers et c’était à moi de le  fouler pour le tasser le plus possible.

A la fin des battages, les jeunes filles accrochaient un gros bouquet de dahlias en haut du pailler. Après c’était la fête autour d’un grand repas avec des poulets, des rôtis, de la crème, du vin….Tout ce qui n’était habituellement pas dans nos assiettes ! Il fallait marquer le jour de la fin des moissons.

Mémoires de guerre sur le Suffren

L’Italie rentre en guerre aux côtés des allemands le 10 juin. Nous accueillîmes la nouvelle en chantant la « Marseillaise » à tue tête à travers les rues de  la ville jusqu’à notre montée à bord, sous l’œil indulgent de notre commandant.

Dès le 11 juin, la force X , composée des quatre croiseurs « Duquesne », « Tourville », « Suffren », « Duguay-Trouin » et des trois torpilleurs « Forbin », « Basque » et « Fortuné » prennent le large en direction des îles dodécanèse, archipel de la mer Egée, appartenant aux italiens.

Après  un parcours de surveillance au travers des îles, sans avoir rencontré aucun bâtiment ennemi, nous rentrons sur  Alexandrie.

Les opérations militaires vont alors s’accélérer les jours suivants, nous installant dans notre statut de navire de guerre.

D’abord, le 14 juin, une première alerte aérienne sans grande conséquence puis le 15 juin, l’annonce de l’avancée de l’armée russe en Lithuanie  et  enfin le 20 juin, l’appareillage de navires anglais et français pour un bombardement sur Tobrouk, Dans l’après midi du lendemain, nous croisons le « Lorraine » nous informant que l’opération en Lybie, sur Tobrouk s’est bien déroulée.

En retournant sur Alexandrie, nous évitons de justesse deux torpilles lancées contre le « Suffren » rasant l’avant et l’arrière de notre bâtiment.

Le soir au mouillage nous subissons un bombardement qui ne fera aucun dégât.

Le 24 juin 1940, nous apprenons que l’armistice a été signé la veille entre l’Allemagne et la France, à la demande de cette dernière.

Ce jour là, tous les pavillons de la force X sont en berne. Le lendemain, les pétroliers français sont saisis au large d’Istambul et l’escadre anglaise réintègre Alexandrie à toute vitesse pour nous avoir à l’oeil. En effet, d’alliés nous passons au statut  de vaincus, soumis à la force allemande.

Les jours suivants, et davantage encore avec les conditions de la reddition française,  nous serons étroitement surveillés par nos anciens alliés anglais jusqu’à basculer comme cibles.

Le 3 juillet, dans le port de Mers El Kebir, l’escadre anglaise  attaque sans condition les bâtiments de la flotte française.

Ce jour là, 1380  marins périssent et le cuirassé « Bretagne » est coulé.

Pour comprendre cet évènement qui consterna d’indignation et de stupeur toute l’Europe il faut savoir que les deux puissances française et britannique s’étaient engagées, dans une déclaration solennelle, le 28 mars 1940, à ne conclure ni paix ni armistice séparés, sans l’accord de l’autre partie.

Winston Churchill fait savoir à plusieurs reprises, d’abord à Paul Reynaud puis plus tard au gouvernement Pétain, qu’il comprend la position difficile dans laquelle se trouve la France et qu’il peut admettre que la France soit déliée de ses engagements en concluant un armistice séparé, mais à condition que la flotte française ne puisse jamais tomber dans les mains de l’ennemi, ce qui suppose ou bien que la flotte française se saborde, ou bien qu’elle rallie les positions britanniques ou américaines (ce qu’elle fait jusqu’au 18 juin, avant de se réfugier en Afrique).

La plupart  des ports d’attache de la marine française sont en zone d’occupation et donc à la merci de l’armée allemande.

Cette situation inquiétait évidemment les Britanniques qui ne savaient pas que les installations portuaires de l’Atlantique et de la Manche avaient été sabotées par les marins français, avant l’arrivée des troupes allemandes. Ils ignoraient également   que l’amiral  Darlan, avait donné l’ordre à tous ses états-majors de saborder leurs bâtiments si les Allemands essayaient de s’en emparer. Ce dernier ajouta même que, s’il devait donner plus tard un ordre contraire sous la contrainte, il ne faudrait pas en tenir compte et que seul l’ordre de sabordage devrait être considéré.  Le 27 novembre 1942, les Allemands tenteront effectivement de s’emparer des navires français et la flotte se sabordera effectivement à Toulon.

Voici donc pourquoi les navires  français basés à Mers el-Kébir, ont été attaqués le 3 juillet par les anglais   et  que les navires en rade en Angleterre et à Alexandrie sont, au lendemain de la défaite de Mers el-Kébir, neutralisés sans trop d’effusion de sang.

XVII Le  status quo entre deux amiraux évite une autre tragédie

Ce qui nous ramène à la journée du 4 juillet à bord du « Suffren ». Dès le matin nous apprenons que les anglais sont prêts à nous attaquer. Ordre est lancé de ramasser  les tentes sur le pont pour libérer les grosses pièces d’artillerie.  Une réunion est ensuite organisée sur le pont avant où le commandant nous explique la situation dans laquelle nous nous trouvons. Jusqu’au 23 juin, date de l’armistice, la plupart des bâtiments de l’armada franco-britanique était basée dans le port d’Alexandrie.

Dans la nuit du 23 au 24 juin, l’amiral Godfroy, officiellement sous les ordres de l’amiral anglais Cunningham, commandant les forces navales alliées, reçoit l’ordre de rallier Beyrouth. L’amiral anglais est face à un dilemme. Il s’oppose au départ des navires français et doit donc surveiller l’escadre  ce qui l’empêche  de mettre ses forces dans les batailles éventuelles contre les italiens en Syrie.

Dans le même temps, les anglais font la propagande d’un mouvement dissident emmené par le général de Gaulle, refusant la défaite et se désolidarisant du gouvernement de Bordeaux. Ils nous encouragent à rejoindre cette force armée. Le 27 juin, dans l’impasse, les deux amiraux se rencontrent et  échangent leur parole d’honneur :

Godfroy n’intenterait aucune action contre les britanniques et Cunningham ne s’emparerait pas de la marine française. Ce contrat fut respecté jusqu’au 3 juillet.

Les évènements s’accélèrent et le status quo entre les deux amiraux ne peut pas durer. Les deux amiraux, à la demande de Cunningham se rencontrent de nouveau et l’amiral anglais  fait trois propositions  à l’amiral français :

Accepter de mettre  les bâtiments armés à la disposition de la  Grande Bretagne

Désarmer les navires sans contrainte.

Couler les bâtiments français.

A 11 heures du matin, l’amiral Godfroy déclare dans une note que seule la troisième condition convient à son sens de l’honneur. Dans l’après-midi, l’amiral français au cours d’une réunion, annonce aux commandants de bord  qu’ils devront couler leurs navires par deux cents mètres de fond, hors de la rade.  La mort dans l’âme, le jour même, les officiers se plient aux préparatifs  pour le sabordage.Les pétroliers commencent à pomper le mazout. Les marins bouclent sacs et valises.

C’est alors que tombe la nouvelle consternante de l’attaque de nos vaisseaux par la flotte anglaise à Mers El Kebirs.

Aussitôt l’amiral Godfroy se rend à bord du bâtiment amiral anglais pour faire part de sa décision de repousser les propositions anglaises. Il décrète qu’il reprend sa liberté. L’amiral Cunningham lui déclare alors froidement que dans ces conditions ce serait lui coulerait nos navires.

Les derniers évènements ont eu raison de trente ans de fraternité d’armes et à partir de cet instant allait de jouer une tragédie meurtrière. Cependant, ils décident de ne rien faire jusqu’au lendemain matin. En rentrant à son bord l’amiral Godefroy trouve un télégramme lui enjoignant d’appareiller même par la force.

Hélas, les conditions d’amarrage des navires français ne leur permettent pas de se dégager de la rade facilement et le sabordage devient de nouveau la seule solution. Pendant la nuit les cuirassés anglais se positionnent pour faire face à l’escadre française. Un duel atroce est prêt à s’engager entre les navires de guerre. Le « Suffren » doit combattre le « Malaga », les français comptant bien opposer une résistance farouche. Mais la flotte anglaise est bien supérieure en nombre à notre escadre.

A l’aube nous apercevons les canons des cuirassés braqués sur nous. La tension monte et chacun à son poste attend l’inévitable. Mais les français décident de montrer un sang froid imperturbable en poursuivant les tâches journalières de nettoyage du bateau sous l’œil stupéfait des anglais.

A 8 heures 10 une alerte aérienne est déclenchée par le passage d’une escadre italienne tandis que quatre torpilleurs anglais bloquent la passe d’Alexandrie.

A 11 heures chaque navire français reçoit un message de son homologue anglais les invitant à ne pas résister précisant qu’ils mettraient à disposition des paquebots pour évacuer les équipages qui auraient mis leurs navires hors de combat.

L’amiral répond que les officiers et les hommes n’abandonneront pas leurs navires. Les heures s’égrènent lentement sans que rien ne bouge puis à 15 heures l’amiral Godefroy décide d’envoyer une proposition à l’Amiral Cunnigham : « J’accepte de réduire mes équipages, de débarquer du mazout et une partie des munitions qui seront stockés au consulat de France. J’engage  ma parole d’honneur à respecter cette résolution et je ne veux aucun contrôle britannique lors de ces opérations. »

L’amiral anglais accepte : la flotte française est sauvée.

L’intérêt de l’amiral anglais était sans aucun doute d’accepter. D’une part, il savait que les navires français infligeraient de lourdes pertes à leur flotte et d’autre part que couler autant de navires rendrait la rade partiellement inutilisable pour leurs opérations futures. Enfin, un acte de guerre aussi spectaculaire contre les français en Egypte, pouvait déboucher sur une crise majeure dont personne ne pouvait prévoir les conséquences.

Malgré les ordres qu’avait reçus l’amiral Cuninngham, les dispositions qu’il avait prises et les exigences qu’il avait formulées, il recula. On peut sans aucun doute mettre cette dérobade au dossier des bonnes relations franco-anglaises. Mais l’entente cordiale a trouvé son tombeau en Méditerranée :

Mers El Kebir, assassinat, Alexandrie captivité.

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