Renaissance

Renaissance, témoignage écrit en collaboration avec Aude

Renaissance Aude Piot

Récit réalisé grâce à 15 heures d’entretiens

Synopsis de la quatrième de couverture

J’ai toujours aimé écrire, jeter sur le papier ce que je ressens sans autre argument que de partager avec autrui ma pensée instinctive mais de là à faire un livre… Aujourd’hui, le destin m’a apporté l’occasion de franchir le pas.

Au sortir de la maladie – le cancer- j’ai voulu partager ce parcours terrifiant, brutal, qui arrête tout, raconter comment cette épée de Damoclès vous oblige à sortir de vous même, à vous surpasser. Revenir aussi à l’essentiel, à l’amour, reçu, vécu quand la maladie est là…

Ce livre, je l’ai voulu hymne à la vie, reconnaissance à ma    famille, à mes amis, qui m’ont soutenus et sans qui je n’aurais pas combattu aussi bien.

Je souhaite également qu’il soit un témoignage pour donner l’espoir à ceux et celles qui vont avoir à se battre pour vivre.

Extraits du livre  » Renaissance »

La terrible nouvelle

Face à la radiologue, je me permets de blaguer:

– « Vous voyez là ce que je vois ? me dit-il »

–  » Non, je vois un écran, mais je suis peut-être bête! Dis-je avec ironie. »

–  » C’est pas beau me répond-il. »

– « Comment ça c’est pas beau lui demandai-je »

De nouveau, il me répète c’est pas beau d’un ton grave. Alors je finis par lui poser la question insidieuse

– « C’est cancéreux ? »

– « J’en ai bien peur m’avoua-il,   faites en sorte de prendre rendez vous en urgence avec votre gynécologue et médecin traitant. »

Un silence de plomb se fait dans ma tête, plus aucune pensée ne circule, je suis assommée et je sors du cabinet comme un zombie, moi qui un instant auparavant me sentais légère et sans inquiétude.

Plus tard, après d’autres examens, la nouvelle de la confirmation des cellules cancéreuses est un coup de tonnerre qui ébranle toute la famille. On n’ose pas évoquer le terrible mot, on le repousse, on n’y croit pas… La maladie est pourtant bien là.

Encaisser et apprivoiser le mal

Au lendemain du jour où j’ai basculé dans la maladie la plus crainte, où mon corps de jeune femme n’est plus qu’un souvenir, meurtri par une balafre allant de la poitrine au pubis, je dois réagir et faire face. Mais je ne suis pas seule et autour de moi s’est formé immédiatement un chapelet d’amour.

Dès le premier soir, j’ai reçu plus de 25 messages de soutien sur mon portable. C’est une vague d’émotion bienfaisante et cela me donne des ailes pour me battre.

Il faut que j’apprivoise ma nouvelle vie de malade au long cours et que j’apprenne à supporter les pansements, les bas de contention, les sondes urinaires et tout l’attirail nécessaire à ma survie. Cela va me demander des efforts car je ne sais pas être malade, me reposer sur autrui. La perte de mon autonomie est une catastrophe pour moi qui ai toujours donné l’image d’une femme robuste avec une santé de fer.

Retrouver le quotidien

Après dix jours, mon séjour à l’hôpital va bientôt s’achever et j’appréhende ma sortie. Je me sens en sécurité ici, avec une équipe qui me prend en charge. Et l’idée de sortir de ma chambre, mon cocon, m’angoisse terriblement.

Je suis heureuse de retrouver mon mari, mes enfants, ma maison mais j’ai perdu mes repères et je tourne en rond pendant un moment avant de trouver ma place. Ce sera le canapé mais les reflexes automatiques d’être active sont toujours là et ma famille m’oblige à me reposer… Ce n’est pas du tout dans mes habitudes et cela me pèse.

Je me sens épuisée physiquement et moralement. Y et C prennent en charge l’ensemble de l’organisation très lourde du suivi médical: les rendez-vous, la prise des médicaments, les transports et toutes les formalités administratives. Ils me sont d’un grand secours.

Une fois seule, je ne peux m’empêcher de penser à la séance de chimio qui doit avoir lieu le mercredi suivant, malgré ma confiance pour affronter cette épreuve je suis terrifiée…Il me faut me ressourcer pour rester forte et tous les messages que je reçois me réconfortent, je sais que je ne suis pas seule.

Premier pas vers la guérison

La « chimio » un mot paradoxal qui induit la guérison et dans le même temps qui détruit…Je sais qu’il faut en passer par là pour éradiquer le mal et pourtant je panique à l’idée de subir les effets indésirables tant redoutés.

L’oncologue m’a informé des référentiels de la prise en charge de mon cancer: il est à base de trois produits dont le taxol reconnu comme très actif mais qui est puissant. Mon médecin me prévient :

– « Ça va taper fort ».

Cela a tapé tellement fort que moins d’une heure après le début du traitement, je fais un choc anaphylactique, une réaction allergique qui me fait vivre un cauchemar.

Après cette épreuve douloureuse, je me sens nulle de n’avoir pas avoir la force de lutter efficacement contre mon ennemi, je suis au désespoir et ma soeur, les infirmières et d’autres malades viennent me réconforter. On me rassure en me disant qu’on allait réfléchir à un autre protocole.

Le 27 octobre, je me présente chez l’oncologue pour mon rendez-vous. Il m’explique qu’on va poursuivre la chimio avec un produit moins toxique pour moi comme l’Endoxan qui ne présente que 3% de réussite en moins que le Taxol… Je pense alors m’en aller quand il me dit:

–  » Vous faîtes quoi là cet après-midi ? »

–  » Je rentre chez moi répliquai-je. »

–  » Non répond-t-il fermement, On y va…pour la séance chimio. »

Je m’effondre en larmes, j’ai peur, j’affronte l’inconnu, l’incertitude, me demandant comment cette fois mon corps va réagir au traitement. Il ne fallait pas réfléchir, il fallait y aller sinon je serai restée avec une terrible angoisse.

Ma raison le sait… mais la peur monte au fur et à mesure que je m’approche de la salle où je dois recevoir les injections. On m’installe dans le box et pendant près de quatre heures, je reçois le précieux traitement. Je n’arrive pas à être sereine malgré moi, j’appréhende le moment où mon corps dira stop! Mais cela se passe très bien.

Il est prévu d’enchaîner treize séances toutes les trois semaines.

Mais malgré la réussite de ce premier traitement, je m’enfonce alors dans une dépression qui avait commencé avant mon entrée en chimiothérapie.

La descente aux enfers

Le tourbillon dans lequel on se trouve à l’annonce d’un cancer ne permet pas de réaliser pleinement ce qui nous arrive. On se laisse porter par l’urgence sans réfléchir. On fait ce qu’on doit faire, prendre les rendez-vous, enchaîner les consultations avec l’espoir que la maladie ne sera pas installée et la nouvelle tombe et vous assomme. Le cancer est bien là.

Malgré le soutien indéniable de ma famille, de mes amis, la peur, le stress et l’angoisse font un travail de sape en profondeur, sans qu’on en soit conscient. Le cancer remet tout en cause du jour au lendemain et la chimio représente l’entrée concrète dans la maladie avec son lot d’effets indésirables dont le changement de son image comme cette cicatrice qui me barre le ventre, m’oblige à supporter une bande qui me comprime le ventre et qui m’empêche de me doucher normalement. J’ai du mal à demander de l’aide pour les soins les plus évidents et cette perte d’autonomie me gêne terriblement.

En rentrant à la maison après la première opération, j’ai eu le temps de penser à tout ce qui serait chamboulé dans ma vie. J’appréhendais terriblement les séances de chimio. Bien que tout se soit bien déroulé quand l’équipe médicale a révisé le protocole, j’ai sombré dans la morosité.

Je reste murée chez moi, en retrait du monde, même si j’accepte de recevoir mes amis, je suis incapable de m’intéresser à eux. Je suis prostrée et je pleure régulièrement.

Après 1 mois de dépression  mon mari, ne tenant plus, me met  face à moi même. Il se pose devant moi et me dit:

– « Je vais flancher si tu ne te reprends pas, arrête de pleurer, cela suffit » en me lançant un coup de coude.

Ce geste est une alerte pour moi, cela ne lui ressemble absolument pas. Je prends conscience que je fais peur à ma famille, à mes enfants et je me dis alors, « il faut que j’arrête mes conneries, si Y lâche on est fichu. »

De nouveau sur le ring

Une part de moi niait la maladie et à partir de là, j’en fais mon alliée, pour renaître, prenant appui sur ma robustesse naturelle. Le changement est radical, je personnifie mon cancer et accepte d’en parler.

Au premier choc de l’annonce, je n’avais pas encore intériorisé le fait d’être malade et j’ai naturellement communiqué avec ma famille et mes amis par messages interposés, qui m’ont apporté un soutien formidable, ce qui m’a galvanisée. Quand je regarde leurs messages de soutien, cela me donne encore une grande émotion. Ils m’ont aidée à passer ce premier cap et donné l’énergie des premiers jours et d’assumer les bouleversements que je vivais au jour le jour.

Mon nouveau MOI

Dès le début je craignais les effets indésirables tant redoutés liés au cancer. Et je ne suis pas épargnée par l’alopécie (perte des cheveux) qui est due à la division rapide des cellules des bulbes pileux malgré l’installation d’un casque réfrigérant pendant les séance de chimio, sensé éviter la chute des cheveux. Petit à petit, on se retrouve avec une chevelure qui n’est plus uniforme.

Et fin janvier, forte de ma renaissance, je suis prête à me raser la tête. Mon miroir me renvoie l’image d’une femme certes sans sa part de féminité mais avec dans le regard une force nouvelle…

Comme souvent les épreuves nous renforcent et nous apprennent à relativiser. On redécouvre que la vie est précieuse. Je le savais mais je l’avais oublié … emportée par des ressentiments qui n’apportent que de la souffrance inutile.

Une transformation profonde

Les vannes de l’esprit se sont ouvertes, la parole s’est libérée au sein de notre famille. Un effet d’amour a irradié nos relations et chacun a pris conscience qu’il appartenait à cette force aimante capable de vaincre la maladie, ensemble.

Le cancer a éloigné mes peurs les plus profondes et m’a aidé à vivre au jour le jour. J’ai découvert aussi que pleurer n’était pas une faiblesse mais une forme de résistance physique qui évacue le trop plein d’émotion. Quand on ne pleure pas, les flux émotionnels sont contenus et encombrent tels des sédiments qui dans le lit du fleuve obstrue le passage de l’eau…

Aujourd’hui je sais ce qu’est le trésor d’être en bonne santé et je veux profiter de la vie, poursuivre la route avec ma famille.

Je dis merci à ce cancer qui m’a donné une nouvelle raison de vivre.

Il m’a permis de m’exprimer, de sortir de moi ma vraie personnalité. Je me suis découverte une force que je ne connaissais pas.

Je n’en veux pas à mes anges gardiens qui n’ont pas empêché que la maladie nous tombe dessus mais qui nous aident à surmonter cette épreuve.

Pour vous procurer le livre: audepiot@gmail.com

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