violence familiale, recit de vie

PASSION ET PRISON DE MON COEUR

« Passions et prison de mon coeur »

violence familiale, recit de vieest le témoignage de Chantal, une femme qui a résisté pour vivre et parvenir à son indépendance après avoir subi les coups et blessures de son compagnon. Ce récit a nécessité 14 heures d’entretiens.

EXTRAIT DE SON LIVRE

Les débuts d’une belle vie

Un bel homme, grand, mince et élégant  m’invite à danser : c’est le coup de foudre avec François, un prénom qui me colle à la peau ! Après un slow ravageur, il me propose un verre puis un dîner au restaurant à N. C’est un vrai conte de fée. Malheureusement, Jean François était issu d’une famille « cathocucu » et  ses parents n’auraient pas supporté de voir leur fils fréquenter une fille mère.Nos rencontres se faisaient donc au début en catimini. En revanche,  mes parents ont très vite accepté Jean François d’autant qu’il était prêt à adopter Frédéric.

Après quelques mois,  François  parle de notre projet de mariage à ses parents. Ce fut le parcours du combattant pour fonder notre foyer au grand jour. Sa mère a d’abord exigé  un délai de fréquentation d’un an, afin de me sonder moi et ma famille ! Puis, elle a envoyé un courrier insultant mes parents et demandant à ce que notre relation cesse définitivement. Enfin après avoir patienté pour avoir les autorisations parentales, nous nous sommes enfin mariés en grande pompe, comme il se doit, dans une famille qui se donnait des airs bourgeois.

Sa mère, me surveillant sans cesse, dénigre toutes mes sorties et mes  visites en ragots calomnieux. Dès que mon mari rentrait, elle se posait devant sa maison et l’interpellait avant moi : –       « Viens donc mon fils, j’ai à te parler… ». Mes belles sœurs avaient le même vice allant jusqu’à rentrer dans ma maison pour me casser des objets dont certains  cadeaux de mariage. Je savais bien les casser moi-même pendant nos  altercations conjugales, je n’avais pas besoin de leur aide !  Pendant quatre longues années nos relations se dégradent. Pour éviter les disputes, mon mari joue au football pendant le week-end, si bien qu’on ne se voit plus. Je me retrouve seule.

Début du calvaire

Au début,  mon mari m’attaque avec des mots puis avec des claques et enfin des coups. Je n’en parle pas : je me maquille pour effacer les traces. C’est la peur au ventre qu’on reste avec un homme qui menace de tout vous prendre, votre fils, votre vie.

Très vite, sa jalousie reprend le dessus et il se persuade que je suis une femme facile derrière mon bar. Tous les prétextes sont bons pour me passer des raclées.Cela ne l’empêche pas de m’imposer des infidélités. Un soir, je n’y tiens plus car en femme amoureuse et fidèle je n’accepte plus ses tromperies. Je prends alors ma voiture et je le file jusqu’à N mais dans son rétroviseur, il me repère. Il gare son camion sur le bas côté de la route, descend donc je m’arrête à mon tour. Il me rejoint et tout en m’ordonnant de rentrer immédiatement, me frappe de toutes ses forces. Je suis rentrée bien sûr, en piteux état, décidée à me venger.

L’escalade de la peur

Un soir, il arrive et sous la menace, me demande de fermer le bar et de le suivre. Nous montons dans sa voiture. Je lui demande « où m’emmènes-tu ? » La question est évidemment restée sans réponse. La voiture file en   direction de N tandis que les trompettes du concerto pour un été de Bortoli   emplissent l’atmosphère de leur tristesse mélancolique. Un air que je n’oublierais plus et que j’écoute encore régulièrement, trente années après, à mes heures cafardeuses. Pendant tout le trajet je pleure dans un silence de mort. Juste avant d’arriver dans le centre de N, il me donne l’ordre de retirer mon gilet rose, me le met sur le visage et de ne pas le retirer. Il ne voulait pas que je repère où nous étions. Les pensées défilaient dans ma tête. Je repensais à Frédéric, à mes parents et je me disais que je pouvais aussi sauter de la voiture. . J’étais pétrifiée mais aussi curieuse de savoir jusqu’où son désir de me faire souffrir pouvait l’emmener. Enfin nous arrivons. Il gare la voiture, m’arrache le gilet. J’ai le réflexe de regarder l’heure : 1 heure du matin. A ce moment là il me dit : « Je reviens tout de suite, tu peux rester ou t’en aller. Saches que si tu t’en vas, tu ne reviendras jamais dans ton bar, tu ne reverras jamais ton fils et tes parents. » J’ai vite fait mon choix car je le savais capable de tout. J’ai donc attendu, en pleurant, ne sachant pas à quelle sauce j’allais être mangée. Il traverse alors la rue et sonne à une porte qui s’ouvre sur une femme. Ils s’embrassent pour se dire bonsoir et parlent quelques minutes ensembles. Il revient à la voiture et me lance : « C’est bien tu as fait ton choix, descend. » Je sors de la voiture les jambes tremblantes et je le suis dans la maison. Elle s’appelait Christine, comme moi. C’était une grande femme blonde, élégante. Je me sentais très mal à l’aise. Elle m’offre un café que je refuse. Puis devant moi, ils commencent à se caresser et s’embrasser sans retenue. J’étais comme un automate, assise sur la chaise de la cuisine. Au bout d’un moment, il entraîna sa maîtresse dans la chambre à côté et revint me chercher, me jetant dans un fauteuil à côté de la fenêtre en me disant : « Tu vas passer la nuit que tu n’oublieras jamais de ta vie. » L’horreur commença et dura toute la nuit. J’assistai impuissante à leur orgie interminable. Il avait soigneusement concocté sa terrible vengeance. Je pensais à mon fils, à mes parents, à ma conduite idiote qui m’avait entraînée dans ce cauchemar et je culpabilisais. Les pointes de jalousie me transperçaient le cœur et je ne pouvais rien faire d’autre que souffrir. Au petit matin, nous sommes rentrés, en silence. J’avais la rage  et la haine plantées dans le cœur. Vers 7 heures, j’ai pris une douche pour me laver de leur ignominie et j’ai été ouvrir mon bar comme si de rien n’était. Il fallait faire bonne figure et sourire. J’y parvins mais la tête était ailleurs.

Le piège se referme

Le soir, je quitte mon travail, décidée à aller discuter avec mes parents de ma décision. Je passe par mon appartement pour prendre les papiers du tribunal et file à L’hébergement. Arrivée au carrefour de la R,  je me rends compte qu’une voiture me suit. J’avais acquis une certaine expérience à force d’être surveillée sans cesse. Je ralentis pour mieux regarder n’y voyant rien à cause de la pluie qui tombait à torrent, du ciel très noir et du soir qui tombait. Tout à coup, la voiture accélère et me double à vive allure et me serre pour me forcer à m’arrêter. Je réaccélère me désengageant. Cette course poursuite dure pendant 1 kilomètre. Je ne voulais surtout pas m’arrêter car j’avais reconnu mon mari qui était fou de rage. J’étais partie sans lui dire où j’allais et il avait fini par me retrouver. Tout à coup, voyant qu’il n’avait d’autre choix que de me barrer la route pour me forcer à m’arrêter, il se mit carrément en travers. J’étais piégée. Il est sorti de sa voiture hors de lui, a fondu sur moi. Il a ouvert la portière et violemment m’a éjecté de mon siège en m’attrapant par le bras, sans oublier de retirer la clé du contact. Je me suis mise à courir sous la pluie mais très vite il m’a rattrapée m’expliquant qu’il saurai toujours me retrouver, qu’il s’était garé devant mon appartement, m’attendant caché dans sa voiture et qu’il m’avait suivi. A cet instant, en un éclair j’ai cru que pour moi la vie s’arrêtait là. Il me fit rouler dans le fossé et sortant un couteau de sa poche me le plaqua sous la gorge en me disant : « je veux que demain au tribunal tu me fasses la promesse de refuser le divorce et de dire que tu reviendras vivre à la maison avec les enfants. Je me voyais mourir … Puis il enchaîna sur le chantage : « Si tu ne le fais pas, et que tu refuses ma proposition, tu ne reverras plus jamais tes enfants. » Il me serrait très fort le cou et pour me défendre, je lui mordis les doigts au point d’en couper un bout ! Il a été obligé de ma lâcher, le sang giclait sur moi. J’étais terrorisée. Au bout d’un moment, je ne saurai dire combien de temps, je suis restée recroquevillée dans le fossé m’attendant au pire quand je réalisai qu’il était parti. Il avait remis les clés sur le contact et je suis remontée tremblante et désemparée dans ma voiture. Petit à petit, j’ai repris mes esprits et me suis dit que mes parents devaient être très inquiets de ne pas me voir arriver pour dîner.

Un immense fracas de bris de verre retentit en bas, dans le bar. Je me précipite, en descendant les escaliers 4 à 4 et je tombe sur mon mari, le visage déformé par la folie, avec à la main une manivelle. Sans crier gare, il se retrouve derrière moi et m’assène un grand coup sur la tête. Je m’écroule sur le sol mais je ne perds pas connaissance et je parviens malgré une douleur immense à me relever. Ma seule pensée alors est de rejoindre mon fils pour le protéger pensant que mon mari pouvait être assez fou pour le tuer. Je remonte à l’étage et vois mon fils en pleurs,  terrorisé par la scène, pieds nus. Je lui dis : « sauve toi vite, va chez ta nounou. » Sa maison était près du bar. C’était maintenant à moi de me sauver. Je sors par la porte de derrière quand immédiatement  mes yeux tombent sur le puits : il est ouvert ! Une affreuse pensée me traverse l’esprit : « Il veut nous jeter dans le puits… »  Il me rattrape très vite, je saigne mais cela ne l’empêche pas de cogner encore et encore. Je réussis à lui échapper et je cours au bar pour chercher la bombe lacrymogène précieusement rangée dans un tiroir, je m’en saisis. A mon tour la violence de la folie me prend, la peur de mourir me donnant une force démentielle. J’empoigne une chaise que je lui casse sur le corps avant de lui asperger les yeux de gaz. Vaincu, il se tient devant moi inoffensif. Je le laisse là et je m’enfuis. Mais j’avais perdu beaucoup de sang et je m’écroule sur le trottoir. J’ai su par la suite qu’un homme qui se trouvait là m’a vue et a appelé les pompiers qui pour la deuxième fois me transportent à l’hôpital alors que je suis en état de coma.

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