Sous les épines se cachent les roses

Biographie « Sous les épines se cachent les roses » écrite en collaboration avec Annie

Dessins roses, épines, pont

Un récit courageux d’une femme qui s’est battue, échelon après échelon pour devenir une femme d’affaires avertie. Cette réussite a pour autant laissé une marque de culpabilité de ne pas s’être assez occupé de ses enfants. ce qui était un léger sentiment devient une souffrance absolue quand deux drames touchant ses enfants arrêtent sa course. Un récit plein de pudeur et générosité.

EXTRAITS DE « sous les épines se cachent les roses »

Préambule

Après une vie professionnelle réussie, deux évènements majeurs, survenus récemment dans ma vie, ont changé radicalement ma vision de l’avenir. Après m’être engagée sans réserve dans mon métier, j’aspire aujourd’hui à plus de sérénité et à me rapprocher davantage de mes enfants et petits enfants. Par ce livre, je désire leur apporter mon expérience de la vie et renouer les fils de l’amour, que j’ai peut-être trop distendus dans mon engagement professionnel. Je voudrais aussi, par mon récit, leur ouvrir une fenêtre de tous les possibles, leur montrer qu’avec la motivation et le courage beaucoup de projets se réalisent. Enfin j’aimerais que mon message, que j’espère empreint d’authenticité et d’humilité, leur apporte une vision sur la complexité de la nature humaine.

C’est nouveau pour moi de livrer une partie de mon histoire et je prends la plume ne sachant pas, par avance, où cela me mènera étant convaincue que ce sera difficile, étant accoutumée à freiner mes émotions.
Je vais vous faire partager le chemin que j’ai emprunté. Pour cela, il me faut revenir sur les traces de mon passé afin de bien comprendre que je me suis construite avec un héritage que je n’ai pas choisi et qui a profondément orienté ma vie.   C’est un récit compliqué car, comme sans doute beaucoup d’histoires de familles, il est émaillé de secrets, de non-dit et de sentiments qu’il faut réussir à dévoiler sans qu’aucune blessure ne persiste.
Cependant, je ne parlerais que des expériences qui éclairent ma propre destinée, celles qui ont forgé mes valeurs et mes convictions, celles qui m’ont fait grandir.
Ma vie n’est pas un conte de fée pourtant comme tout commencement, il était une fois dans le village du F

La poterie, activité familiale nourricière

valerie jean-biographe

Dans le pays des Mauges, en Maine et Loire, se niche au milieu des landes d’argile le village du F. Dans un triangle entre Nantes, Angers et Cholet, c’est depuis l’antiquité un site exceptionnel pour l’extraction de l’argile, matériau nécessaire à la fabrication des objets de poteries, de tuiles et de briques. Les paysages sont modelés par l’activité potière qui a su maintenir en permanence l’équilibre entre les forêts, les étangs et la lande de terre rouge. En effet, les trous creusés pour récolter l’argile, le fauchage de la molinie pour la litière, l’utilisation du bois pour chauffer les fours, le pâturage par le bétail chargé du transport de l’argile… sont autant d’actions involontaires qui ont assuré la pérennité de la lande. Ce terroir si particulier est conditionné par l’activité des poteries et l’histoire de notre famille s’inscrit au cœur de cette terre.

Une personne m’a demandé un jour si j’étais fière de mes origines. Je n’y songeais souvent qu’en terme négatif, surtout dès le primaire où les filles du bourg avaient une certaine condescendance vis-à-vis de nous, alors qu’à l’époque, la poterie était florissante et nous apportait un statut social appréciable. C’était davantage le décalage culturel avec les autres familles qui étaient plus ouvertes sur le monde extérieur qui me gênait. Aujourd’hui, je suis toujours à la recherche de ce capital qu’on nomme culture et pourtant lors de mes voyages, il m’est souvent arrivé de ressentir une émotion particulière et de dire aux potiers dont j’admirais le travail que je suis moi-même issue de ce milieu. Sans doute est-ce malgré tout une certaine fierté d’être née de cette terre mais qu’elle me renvoie aussi les blessures de mon enfance encore présente en moi.

Les bêtises d’enfant

biographie-valerie jean

La poterie était aussi le lieu de tous les dangers car souvent des feux, allumés pour le séchage des poteries, se transformaient en incendie. Les pompiers nous connaissaient bien !
D’ailleurs, un jour, un feu se déclara dans la cheminée de la cuisine. Les pompiers intervinrent rapidement et comme pour nous il était l’heure d’aller à l’école, ils nous emmenèrent. Inutile de vous dire que nous étions drôlement fiers quand on est arrivé avec leur beau camion rouge sous les yeux ébahis de nos camarades.

Une autre fois, l’incendie s’était déclaré dans le poulailler de notre voisine, juste en face de nos chambres. De grandes flammes envahissaient le ciel et nous offraient un spectacle inoubliable. Au milieu de la tourmente rougie par le feu, je revois la voisine qui tirait le meuble de la Télévision dans la cour, objet à sauver en priorité ! Il était important pour nous que nos voisins continuent d’avoir l’écran magique qui comblait souvent nos soirées. Ils mettaient un banc dehors, derrière la fenêtre sur lequel on s’installait. C’est ainsi que tous les mercredis on regardait la piste aux étoiles. Mais l’incendie qui a laissé une trace indélébile dans nos mémoires, c’est celui où  ma petite sœur, qui avait à l’époque cinq ans, fut brulée au troisième degré au niveau des jambes ; marquée par l’accident, elle sera une enfant difficile. Ce drame n’avait rien à voir avec les activités de la poterie.

Mon frère  et mon cousin, ont voulu remplir un briquet là où étaient stockés des barils d’essence dont on se servait pour la poterie. Le briquet est tombé dans l’essence et bien sûr le feu a pris immédiatement. Nous sommes tous sortis du hangar sauf ma soeur qui était restée coincée à l’intérieur. Mon frère est retourné la chercher mais malheureusement, ses jambes étaient gravement touchées. Clément Q qui soignait le feu a apposé ses mains sur les plaies pour l’apaiser. Transportée à l’hôpital, les soignants n’ont pas fait de greffe et elle est restée avec ses cicatrices. C’était en 1967, notre famille rencontrait déjà des problèmes d’argent et les produits pour soigner la peau de P coutaient très cher : de la gelée royale et des huîtres. Mais maman se débrouillait pour en obtenir. Ma soeur a longtemps fait des cauchemars, il fallait dormir avec elle et garder la lumière allumée. Ce drame a été longtemps un sujet tabou pour Michel, qui ressentait une grande culpabilité vis-à-vis de Patricia, restée complexée pour ses jambes définitivement abimées.

La faillite de la poterie, un arrêt à tous mes rêves.

Mon père a poursuivi l’activité de la fabrique de la poterie avec ses frères et sa sœur, mais malheureusement, ils ne purent empêcher la faillite de l’entreprise en 1970 avec son lot de difficultés financières et les fâcheries familiales. A cette époque là, comme beaucoup d’entreprises artisanales, il fallait s’adapter aux nouveaux marchés émergents, à la concurrence comme les pots en plastique, utilisés pour l’horticulture qui étaient jusqu’alors en terre cuite, investir dans la mécanisation et diversifier ses activités. Bref être conquérant pour survivre. Or, cela n’était pas le caractère de mon père qui était quelqu’un d’introverti, qui s’exprimait peu. Il était faible de caractère depuis toujours et sans doute n’a-t-il pas su gérer correctement l’entreprise et l’héritage familial et qu’il n’a pas réagi pour sauver ses biens. Quand mon oncle qui s’occupait de la comptabilité est tombé malade, personne ne l’a vraiment remplacé à un moment où la comptabilité devenait plus complexe avec les changements importants de calcul de la TVA qui affectaient directement le chiffre d’affaire. Cela m’a fait beaucoup souffrir de voir mon père diminué par sa situation et cela m’a poussé à poser ma carrière professionnelle comme une priorité.

De l’école à l’usine, la perte de la connaissance pour le gain d’argent

En 1972,  je rejoins donc une classe en alternance, le temps d’avoir 16 ans, âge obligatoire minimum avant la sortie du système scolaire.Contrairement aux filles qui sortant de classes de transition étaient heureuses de quitter la voie scolaire pour entrer dans la vie active, j’étais désespérée de ne pas me sentir à ma place. Je n’étais pas la seule d’ailleurs car certains de mes professeurs m’apostrophèrent à l’époque en me disant : « Mais qu’est-ce-que tu fais là ? » Quelle autre réponse pouvais-je leur donner sinon « Je n’ai pas le choix, mes parents m’ont mis là… » Inutile de dire combien je me sentais mal à l’aise avec des filles qui n’avaient rien en commun avec moi.
Puis je fus prise dans une usine de confection . Durant six mois, j’occupe le poste de piqueuse. C’est un atelier où je côtoie les autres ouvrières dont je n’apprécie pas la mentalité. Par chance, je suis mutée au laboratoire, unité de test qui se situe à l’écart de l’usine proprement dite. Là, je m’occupe d’éprouver par différentes manipulations la solidité et la fiabilité des échantillons de tissus avant qu’ils ne soient utilisés aux nouvelles collections. Au départ, j’étais seule avec un ingénieur puis avec le développement de cette unité de travail, une collègue nous a rejoint de temps à autre.
Je me plaisais au laboratoire même si je n’étais qu’une exécutante sous les ordres de mon chef qui était très autoritaire. J’appréciais l’indépendance que me procurait le poste en dehors de l’usine car j’avais honte d’être là et d’avoir arrêté l’école. Quand je descendais au réfectoire, je mangeais avec les stylistes avec qui je me sentais mieux, plutôt qu’avec les filles des ateliers. Je suis restée dans cette usine jusqu’en 1979.

Pendant toute cette période, je laisse mon salaire à mes parents que je ne garderai pour moi qu’à partir de la majorité. Mais ma mère, en cachette de mon père, me donnait un peu d’argent. A cette époque je suis très seule, ne fréquentant plus mes anciennes amies restées au lycée. Ma mère, me voyant me morfondre pendant le week-end, demanda à une de mes cousines plus âgée que moi de m’emmener avec elle. C’est ainsi que je me retrouve à fréquenter les bals et les bars de la région alors que je n’aimais pas particulièrement danser, ni boire. Je suis encore très timide, complexée par mon physique et par le fait d’avoir cessé mes études.

Nos premiers pas du métier d’entrepreneurs

À la fin du mois d’août, nous devenons gérants mandataires à l’économique de Rennes, enseigne des magasins Commod. Etre gérant mandataire, c’est un statut bâtard qui vous emploie comme salarié mais qui vous laisse la responsabilité du stock et du chiffre d’affaire. Après beaucoup d’abus, ce statut sera supprimé. L’ensemble du magasin venait d’être restauré mais les travaux n’étant pas terminés, notre premier jour de vente a lieu dans un hangar. Ce jour-là, toute une équipe de gens de voyage avait envahi le local et c’était la panique à bord. Notre première expérience fut calamiteuse mais ce contre temps n’en était pas la raison principale. Le jour de l’ouverture de notre magasin, un UNICO flambant neuf, d’une surface double de la nôtre, tenu par les anciens gérants de notre magasin, ouvrait également ses portes. Inutile de préciser qu’il n’y avait pas de place pour deux supermarchés dans un bourg de 500 habitants. Les clients, nous ayant pris de pitié, nous proposaient des légumes de leur jardin alors qu’il nous fallait jeter nos produits frais. Notre chiffre d’affaire était catastrophique et nos inventaires déficitaires. La première année, nous faisions confiance à la société qui nous employait, qui décidait de notre stock sous évalué lors de la comptabilisation, ce qui faisait ressortir un déficit que nous devions rembourser. Les invendus, n’étaient pas repris par la centrale de distribution puisque c’étaient des produits frais qu’ils considéraient comme non reprenables à la vente. Le stock invendu venait donc en déficit de nos salaires de smicard.

En janvier 1984, nous achetons une supérette à R, sous l’enseigne CALI et nous emménageons dans la maison attenante au magasin mais nous restons en location. Fini le statut de gérant mandataire, à se faire exploiter. Au moment de rendre l’affaire de Dinard nous demandons la présence d’un huissier de justice pour éviter tous malentendus.Nous sommes désormais des commerçants indépendants. Dès notre arrivée, nous employons une apprentie. Mon mari part à 4 heures, tous les matins, au MIN de Nantes acheter les produits frais. Après l’école, une aide à domicile vient s’occuper du ménage, de la cuisine et des enfants. Un jour de février, Aurélien sortira en couche culotte après sa sieste et c’est une cliente du magasin qui le ramènera !

Les années de plomb

R est une ville en pleine évolution. Les changements urbains transforment les quartiers et l’ouverture d’une rue adjacente à la nôtre deviendra un passage très fréquenté. En effet, la clientèle prend de plus en plus l’habitude d’emprunter cette nouvelle voie délaissant les autres commerces dont le nôtre. De plus, les hypermarchés à la périphérie de R absorbent de plus en plus de clients et deviennent trop concurrentiels. Cela entraîne l’arrêt de l’activité de notre centrale d’achat dont les enseignes franchisées sont de petites supérettes qui ne peuvent s’aligner sur la grande distribution. La principale répercussion sera l’obligation de nous approvisionner à Promocash, hors produits frais, magasin dont les prix ne sont plus assez bas pour rester compétitifs. Notre chiffre d’affaire est alors en chute libre et notre pouvoir d’achat aussi. Pire, l’angoisse de ne pas pouvoir rembourser les traites de notre maison me hante de nouveau. Nous ne pouvons plus nous permettre de fermer le magasin l’été.

Malgré notre travail acharné, la situation empire et nous sommes obligés pour maintenir le cap de nous approvisionner chez Leclerc. Nous y allions tous les lundis et cela devenait une épreuve de plus en plus insupportable pour moi, submergée de honte à l’idée de rencontrer des clients de notre magasin. Conscients que c’était la fin du commerce de proximité alimentaire, nous avons cherché pour nous réorienter vers un autre projet mais nous nous sentions limités dans nos compétences. Il nous fallait trouver un commerce de détail, utile à la clientèle comme celui du tabac et des jeux et la seule solution pour nous était alors de vendre.

Malgré tout, notre chiffre d’affaire se stabilise assez pour faire face aux remboursements de la maison et aux factures. En 1989, la clientèle évolue. Ce sont désormais des clientes ayant un certain niveau de vie et de culture, fidèles à leurs commerces de proximité qui se présentent au magasin. Une profonde mutation est en train de s’opérer en moi sans qu’à l’époque j’en sois pleinement consciente.Plusieurs éléments vont m’entraîner dans une démarche d’émancipation où subrepticement je vais prendre les rênes du magasin.Je parle beaucoup avec mes clientes qui m’apportent ce regain d’intérêt pour une quête culturelle qui était ancrée en moi. Mon champ de vision s’ouvre avec ces femmes issues d’un autre milieu, celui de la ville. Elles représentent beaucoup pour moi et correspondent à ce que j’attends : d’une part, elles sont fidèles et sont donc prioritaires à mes yeux pour sauver notre magasin et d’autre part, elle me donne une aura,  en tant que propriétaire de commerce, j’ai un statut égal au leur.
Grâce à elles aussi, les journées paraîtront moins longues, occupées en conversations.La conséquence, c’est que par peur de rater un achat, je passe la plupart de mon temps dans le magasin. Petit à petit je délaisse mon rôle à l’arrière du magasin notamment auprès des enfants.Je ne me sentais plus à ma place et les enfants le ressentaient. S et J.P me le diront souvent :

–       « Tu n’es pas la même quand tu es avec nous qu’avec tes clientes. »

Une évolution qui suit l’ère du temps

Nous sommes attirés par un concept nouvellement crée : une surface de vente de 400 mètres carrés, située principalement en zone rurale : l’Ecomarché. Après avoir vérifié que nous possédons les fonds nécessaires si nous réussissons à vendre notre affaire et que nous avons une expérience suffisante pour se lancer, nous entamons les démarches nécessaires pour intégrer le groupe Intermarché. Pendant l’année, nous découvrirons le monde très fermé des entrepreneurs indépendants regroupés au sein d’une seule organisation et de valeurs affirmées.

Le Groupement des Mousquetaires est un distributeur qui regroupe des entrepreneurs et chefs d’entreprise indépendants qui sont adhérents au Groupement. Ils sont propriétaires de leurs points de vente et entièrement responsables de leur gestion. Chaque adhérent a la possibilité d’entrer dans le capital du Groupement et de devenir membre associé de la Société Civile des Mousquetaires (SCM). L’entreprise est gérée directement par ses propres adhérents, ce qui lui garantit la stabilité d’un groupe non soumis aux aléas des marchés financiers et l’implication au premier degré de tous ses membres. Ce groupement d’entrepreneurs indépendants repose sur une organisation unique. Chaque adhérent assume deux rôles : la création et la gestion de sa propre entreprise et une fonction opérationnelle d’encadrement au sein des structures communes du Groupement (logistique, unités de production, communication, informatique, qualité, etc.…).Il est donc codirigeant de cet ensemble, en consacrant à sa gestion deux jours par semaine.

Par ailleurs, comme toutes les enseignes du groupe, Intermarché fonctionne sur trois engagements préalables : la proximité de l’implantation de ses magasins au sein des quartiers ou leur présence dans les zones rurales isolées, des centres à taille humaine et une garantie des prix les plus bas. De plus de fonder son action sur le partage des valeurs humanistes et d’indépendance.

C’est pour toutes ses raisons que nous avons été séduits par ce groupement. Il nous faut désormais préparer l’agrément.Cela se traduit pour nous à trois journées de formation à Paris pour ingurgiter les systèmes de vente, les quotas et autres subtilités de gestionnaire de magasins Intermarché. Puis nous partons à Montlhéry en région parisienne pour commencer notre formation composée d’un tronc commun théorique et de stages pratiques, le tout devant se dérouler sur un an environ, du lundi au vendredi. Nous emmenons notre caravane ne pouvant pas nous payer l’hôtel sur place. En effet, étant indépendant, nous sommes sans droit d’allocation chômage donc sans revenu et devant payer notre formation. Encore une fois nous nous retrouvons dans une situation financière très délicate.
Pendant notre absence et jusqu’à la fin de l’année scolaire, les enfants furent gardés à R par des amis.
A notre arrivée dans la formation, nous nous rendons compte très vite de notre décalage avec les autres adhérents. Nous côtoyons d’anciens directeurs de magasins pris en charge par les allocations chômage ou les fils d’adhérents n’ayant aucun problème d’argent. C’était un autre monde. Je trouvais le contenu de la formation très intéressant. A cause du peu de moyen que nous avions, nous ne pouvions pas rentrer tous les week-ends sur R.
Au mois de juillet, nous partons en stage sur les sites de production : Lorient pour les produits de la mer, Vitré pour la viande. Nous découvrons les réseaux de la grande distribution et c’est très enrichissant.

Au début de la formation, nous avions demandé l’ouest ou le sud-ouest sachant que cela ne pouvait être, vu le faible apport personnel, qu’un magasin Ecomarché, établi en zone rurale. Nous avions la hantise de nous retrouver au fin fond de la cambrousse.

C’est alors que le groupe Intermarché fit l’acquisition de trois magasins Unico, à V, A et G . Le groupe proposa à mon mari de devenir salarié-responsable du magasin d’A. Poste qu’il accepta. Moi je n’avais pas de salaire. Les femmes ne sont pas prises en grande considération dans le groupe. En effet, la répartition des actions dans nos sociétés d’exploitation est de 67% pour les hommes et de 33% pour les femmes, on est loin de l’égalité des sexes !

 Un nouveau départ avec nouveau magasin.

Nous nous engageons  avec enthousiasme dans ce nouveau projet qui accapare nos journées et notre énergie. Mais malgré l’intensité, c’est un enrichissement permanent par la diversité des tâches à concrétiser. En effet, il faut s’atteler à l’organisation globale comme le référencement des fournisseurs, le choix du matériel, le recrutement du personnel, la mise en place des moyens de gestion et  les plans du marchandising. C’est-à-dire l’ensemble des modalités d’insertion d’un produit ou d’une gamme de produits dans le linéaire d’un point de vente.
Cette expérience nous permet la mise en application de tous les principes théoriques appris lors de notre formation. Par souci d’économie, nous récupérons tout le matériel qui peut encore servir de l’ancien magasin.

Enfin le 10 juin, c’est l’ouverture tant attendue.
Dans un état de stress maximum, je veux que tout soit parfait pour accueillir la clientèle. Elle sera au rendez-vous et bientôt le chiffre d’affaire est conforme au prévisionnel. C’est un grand bonheur.
Dès le début, les treize employés du magasin ont un bon esprit d’équipe. Ma journée commence tous les matins à 6 h, par la mise en rayon des produits puis je retourne à 8 h 30 à vive allure  à la maison pour emmener les enfants à l’école pour repartir au magasin à 9H, pour l’ouverture et enfin je termine  à 20h.
Le 10 juin, nous organisons la remise de l’épée des mousquetaires. C’est une grande fête où sont conviés nos collègues, amis et famille. Jean Pierre reçoit donc de Bernard, notre collègue, une épée en fer et moi, un bouquet de fleurs, offert par Pierre également mousquetaire devenu ami depuis ce temps. C’est une grande fierté pour nous d’avoir réussi notre pari de rentrer dans le groupe Intermarché. Le maire fait son discours et c’est ensuite une grande soirée autour d’un buffet dansant dans une ambiance familiale. Nous avions une année de fonctionnement derrière nous et les craintes de l’avenir s’estompaient enfin.

Dès le début de l’année, les travaux d’aménagement du nouveau site démarrent, au grand désespoir des personnes âgées qui ne pourront plus faire leurs courses à pied. Nous nous engageons avec enthousiasme dans ce nouveau projet qui accapare nos journées et notre énergie. Mais malgré l’intensité, c’est un enrichissement permanent par la diversité des tâches à concrétiser. En effet, il faut s’atteler à l’organisation globale comme le référencement des fournisseurs, le choix du matériel, le recrutement du personnel, la mise en place des moyens de gestion et les plans du marchandising. C’est-à-dire l’ensemble des modalités d’insertion d’un produit ou d’une gamme de produits dans le linéaire d’un point de vente. Cette expérience nous permet la mise en application de tous les principes théoriques appris lors de notre formation. Par souci d’économie, nous récupérons tout le matériel qui peut encore servir de l’ancien magasin. Dès le début, les treize employés du magasin ont un bon esprit d’équipe. Ma journée commence tous les matins à 6 h, par la mise en rayon des produits puis je retourne à 8 h 30 à vive allure à la maison pour emmener les enfants à l’école pour repartir au magasin à 9H, pour l’ouverture et enfin je termine à 20h. Cette année là, après des années de partage de la voiture, je retrouve le bonheur d’avoir ma voiture personnelle me rendant ma liberté de mouvement.

Une vie à 100 à l’heure

Dans cette période  nous aurons une série d‘accidents mais le plus anecdotique reste celui que j’ai provoqué un matin, par insouciance, toujours obsédée par ma montre. Ma voiture dormait dehors. Il est 5H30 du matin, je prends ma voiture sans prendre le temps de dégivrer mon pare brise si ce n’est un petit cercle juste pour voir la route à minima. Je pars dans le petit jour et tape contre une ombre…Je vois mon pare brise qui se fend. Prise de panique, sans m’arrêter, je fonce au magasin, tremblante et angoissée. En arrivant, je dis à mon mari : «Viens voir j’ai tapé quelque chose ». J’avais cogné un âne. Il était allongé là, sur la route. Il n’a pu être sauvé, il fallait l’abattre. Je me rends compte que cela aurait pu être une personne, quelle inconscience !

Chapitre sur les manquements de mon engagement

Mon fils  brillait en natation puisqu’il a participé au championnat régional. Je n’étais pas encore à hauteur de l’évènement, car comme d’habitude, ma tête était restée au magasin quand je lui ai préparé sa valise. Mon pauvre fils s’est retrouvé à la compétition avec le maillot de bain de sa soeur. Je ne sais plus si son entraîneur a du courir après un autre maillot au moment de la compétition ou si Aurélien a nagé avec un maillot qui lui descendait sous la ceinture …mais si j’avais été plus présente je n’aurais pas fait cette bêtise.Il est vrai que je culpabilise aujourd’hui d’avoir mis en priorité ma carrière et ne pas avoir élevé moi-même mes enfants. Ils ne manquaient de rien si ce n’est de mon attention, de ma présence auprès d’eux.

Les deux sites progresseront d’année en année. Le site d’A sera consacré Intermarché  passant à 1200m2 de surface de vente et celui de G suivra avec 1500m2 de vente.nous sommes dans la cour des grands!

Ma prise de conscience

Les accidents et mon affaiblissement avaient déjà amorcé en moi une prise de conscience sur la nécessité de lâcher prise sur le contrôle de ma vie. La mort de papa sera l’aboutissement de cette réflexion. Le choc de sa disparition me fera commencer la course à pied et surtout prendre du recul par rapport à mon engagement professionnel. J’ai pris conscience qu’on peut partir vite et cela a grandement participé à l’évolution de ma vision de l’existence. En effet, j’ai découvert que n’exister qu’au travers de son engagement par le travail était une démarche superficielle. Je me suis donc mis à m’entraîner de plus en plus à la course et m’inscris à un club. Jusqu’à présent, je goûtais au plaisir de la randonnée mais la course était un plaisir plus jouissif. J’engageais toute mon énergie dans l’effort ce qui me faisait oublier le boulot. Quand je courais, j’étais bien dans ma tête. Je sublimais la ligne d’arrivée, jusqu’à viser de participer au marathon de new York.  Je poursuis mon entraînement sans relâche pendant toute l’année. Je prends la mesure du défi et me sens bientôt prête à affronter le grand événement sportif. Tout le monde pensait que j’allais décrocher et quand j’ai préparé mon premier semi-marathon, j’ai commencé à être prise au sérieux.
A New York, le 5 novembre, je réussis à franchir la ligne d’arrivée, en terminant la course en 4 heures 40 minutes. J’y étais. Cette ligne m’avait tant fait rêver que cet événement reste un moment inoubliable, de dépassement de moi même et d’une joie indicible.

Le choc rédempteur

Après deux drames familiaux consécutifs, je suis frappé par un sentiment immense de culpabilité. Je me lance alors dans l’écriture de ce livre. Depuis que j’ai commencé mon travail d’écriture, je sens que j’évolue et que le sens que je donne à ma vie s’affermit. Poser sur le papier tout ce qui m’encombrait l’esprit, tout ce que je ressentais mais que je n’arrivais pas à formuler, s’est déroulé comme un ruban qui me porte et me mène plus loin.

J’avais besoin de dire à mes enfants ce qui m’avait poussé à avancer, à gravir les échelons pour leur apporter le meilleur fut-ce au prix de sacrifices tels qu’une présence normale auprès d’eux…Mais avec Jean Pierre, nous sommes parvenus à l’équilibre et réussir notre vie. Nous sommes fiers du chemin parcouru car il n’a pas été facile pour des autodidactes de se frayer la voie du succès, de gravir les échelons de la réussite et de donner un avenir à nos enfants. Pourtant je ne peux m’empêcher encore de vouloir être parfaite : une femme parfaite, une maman parfaite, une maîtresse de maison parfaite, une gestionnaire parfaite et le goût sucré de la réussite me brûle la bouche alors qu’il devrait être doux comme le miel.

Je progresse, je le sais, je le veux et chaque jour est une petite victoire sur mes petites obsessions…

Je ne peux tout remettre à plat mais je dois continuer dans la voie de l’apaisement, je dois apprendre à vivre avec mes blessures, mes cicatrices, mon caractère, mes faiblesses. Je dois dompter mes peurs, mes angoisses. Je dois contrôler mes exigences et admettre que la perfection humaine est un leurre et que les épreuves font partie intégrante de la vie. Que c’est parce que nous les affrontons que nous grandissons.
Après m’être engagée sans réserve dans mon métier, j’aspire aujourd’hui à plus de sérénité et à me rapprocher davantage de mes enfants et petits enfants. Par ce livre, je désire leur apporter mon expérience de la vie et renouer les fils de l’amour, que j’ai peut-être trop distendus dans mon engagement professionnel.
Je voudrais aussi, par mon récit, leur ouvrir une fenêtre de tous les possibles, leur montrer qu’avec la motivation et le courage beaucoup de projets se réalisent.
Enfin j’aimerais que mon message, que j’espère  empreint d’authenticité et d’humilité, leur apporte une vision sur la complexité de la nature humaine.

Tout cela est mon cheminement et je suis heureuse de l’offrir à votre regard.

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