De Perrégaux à Beauchamp

Biographie-Valerie Jean

« De Perregaux à Beauchamp » Biographie réalisée avec Claude

Des souvenirs d’enfance passée dans l’Algérie bousculée par la guerre mondiale puis paisible et  retrouvée dans le chaos lors du service militaire. Claude dévoile au-delà de ces tranches de vie son amertume d’avoir subi les affres de la douleur de la différence…Un très beau récit

EXTRAITS DU LIVRE

Préambule

Il y a quelques années déjà, j’avais commencé l’écriture de ma vie, laissée au hasard d’une disquette d’ordinateur…entre temps, l’obsolescence programmée des appareils informatiques m’a privé de retrouver la trace de ces écrits.

Parallèlement, j’ai fait de longues recherches sur la généalogie de ma famille me permettant de remonter à plusieurs générations … C’est dire que pour moi la transmission est importante!

Et aujourd’hui, mes filles m’invitent à poursuivre ce travail de mémoire en réalisant ma biographie. Je reprends donc le fil de l’écriture pour leur transmettre ainsi qu’à mes petits-enfants, mon histoire.

J’espère qu’au fil de ces lignes elles découvriront des anecdotes qu’elles ne connaissaient pas. Avec ma réserve coutumière je me suis plié à cet exercice nouveau pour moi, me révéler, apportant un éclairage sur certaines ombres de ma vie.

Je l’ai fait avec sincérité, et je les remercie de m’avoir permis au crépuscule de mon existence de retrouver une part de mon passé et de la partager avec elles. Dans ce travail, votre mère m’a accompagné et soutenu qu’elle en soit également remerciée.

La guerre s’invite en Afrique du nord

Afin de soulager le front de l’est tenu par les soviétiques, les Alliés anglo-américain choisissent de prendre pied en Afrique du Nord avec comme objectif la maîtrise de la Méditerranée pour contrer les armées de l’axe en Tunisie, en Sicile et en Italie et remonter vers l’Europe. C’est ainsi qu’en novembre 1942, les soldats anglo-américains débarquent en Afrique du Nord. L’Etat-major français fidèle à Pétain accueille les Alliés à coups de canon à Oran et au Maroc. Mais le débarquement réussit cependant à Alger, où la résistance française locale réussit à neutraliser l’armée vichyste. Le matin du 12 novembre, un bataillon de parachutistes britanniques saute sur l’aérodrome de Bône. La réplique de l’Allemagne et de l’Italie ne se fera pas attendre: dans la matinée du 13 novembre 1942, des avions à croix gammées surgissent par vagues dans le ciel de Bône larguant leurs bombes meurtrières. Il n’y a encore quasiment pas de DCA pour résister aux raids.

Nous sommes donc installés depuis 10 mois dans un appartement d’un bâtiment de l’armée proche du port, visé sans arrêt par les raids. Nous vivons les premiers bombardements dans la cave de la caserne. Le bruit des sifflements des bombes, les tremblements du sol qui secouaient les immeubles sont des sensations que l’on n’oublie pas. Du haut de mes 6 ans, je ne comprenais pas pourquoi nous subissions tout cela…

Afin de nous mettre à l’abri, Saadna, un des indigènes au service de la caserne, nous a emmenés – ma mère, mes sœurs et moi, la femme du chef de mon père et sa fille – dans son village nichées dans les montagnes de l’Atlas, avant de retourner à Alger.

L’arrivée massive en Afrique du Nord des troupes américaines a transformé notre quotidien en apportant avec eux les chewing-gum, le chocolat, des bonbons aux clous de girofle ou encore cet objet d’étonnement pour moi: la boîte de saucisses carrées! Ils ont débarqué avec beaucoup de matériel de guerre, impressionnant pour le petit garçon que j’étais: les tanks, les canons… J’étais très surpris que les américains puissent avoir des visages noirs: pour moi, seuls les africains étaient noirs!

A notre retour, nous avons retrouvé une ville dévastée qui avait changé de visage, marquée par les combats: des chars éventrés, des bateaux coulés dans le port. On allait jouer dans les tanks abandonnés. Au fil des jours les habitants allaient récupérer des pièces ou de la tôle.

J’assistais au passage des cortèges de prisonniers de guerre allemands qui étaient employés au travail de maintenance. La marine américaine était stationnée dans le port, mais protégée par des barbelés on ne pouvait pas y accéder…J’aurais pourtant bien aimer monter à bord de ces bateaux de guerre.

Les bombardements de Bône se sont poursuivis jusqu’en juin 1943. À Bône, selon les sources officielles de l’époque, il y eu durant ces 8 mois d’attaque: 1800 bombes lancées sur le port et la ville et plus de 500 immeubles détruits ou endommagés, causant plus de 3000 sinistrés et faisant 164 victimes.

Ville martyre, Bône a été citée, le 11 novembre 1948, à l’Ordre de l’Armée avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme.

Après la guerre, je connus la période de rationnement avec les fameux tickets…C’était l’époque de la débrouillardise où chacun récupérait ce qu’il pouvait pour survivre. Mes grands-parents se mettaient à plusieurs pour acheter un mouton. Moi je me souviens surtout du manque de pain et de l’horrible galette américaine qui était très dure!

De son côté, à des milliers de kilomètres de là, Françoise se mettait à l’abri dans une cabane dans une sapinière… Alors qu’elle cueillait des fleurs dans un champ avec sa cousine, un avion italien a fondu pour mitrailler…Son frère l’a attrapée in extrémis pour la mettre à l’abri. Elle a connu l’exode, partie en voiture sur les routes rejoindre le Cher. Puis comme pour tous, ce fut la période du rationnement où sa mère échangeait des vêtements qu’elle confectionnait contre des denrées alimentaires.

La manutention à Bône

C’était un vaste bâtiment intégré à la caserne qui accueillait deux garnisons, principalement composées d’appelés. Seules deux familles y vivaient en permanence: Celle du gardien, M. B Jean et la nôtre. Mon père était chargé de la gestion de la caserne. La manutention se situait au centre de Bône, au dessus du port. Elle était entourée d’un mur assez haut et renfermait une cour et plusieurs bâtiments avec deux logements et un espace dédié au stockage des vivres pour la garnison. Dans la cour se trouvaient la boulangerie avec un gros four, la forge et la menuiserie.

Il y avait aussi un sanglier, enfin une laie car c’était une femelle, qui se promenait en liberté dans la cour. On l’appelait Riquette. Des chasseurs nous l’avaient donnée alors qu’elle était bébé. Elle était apprivoisée mais elle chargeait quand elle ne connaissait pas les personnes! Quelquefois on organisait des courses entre Rex, mon chien, un berger allemand et Riquette. Un abri lui était réservé et elle profitait de tous les restes des repas des maisonnées.

Rex était le compagnon de tous mes jeux, celui qui accueillait toute la tendresse que j’avais à donner. Plus tard, quand il faudra quitter l’Algérie, ce sera un déchirement de l’abandonner. C’est sans doute une des grandes blessures de mon enfance.

Ma mère profitait du four de la Manutention quand il était en fonctionnement pour y faire cuire pâtisserie, rôti ou poisson de grande taille. Elle était bonne cuisinière et nous faisait souvent des gâteaux: la mouna (brioche de pâques), les oreillettes qu’on appelle aussi bugnes ou encore les montecao, un sablé à base de farine et de graisse de porc, saupoudré de cannelle et de sucre. Quelquefois je l’aidais à faire la cuisine ou à éplucher les légumes. J’ai le souvenir d’une corvée mémorable! Nous étions allés au mariage de l’oncle Gilbert et les voisins, en guise de cadeau de noce, avaient offert une cagette entière de petits-pois… L’écossage s’était étalé sur une semaine et bien sûr nous devions les manger!

Souvent je l’accompagnais en ville ou bien elle m’envoyait faire quelques courses. Nous n’avions pas de frigidaire et il fallait aller chercher de la glace chez le vendeur qui découpait un pain de glace armé d’un pic. Maman me confiait l’argent et quelquefois avec la monnaie, quelques sous, je m’achetais un bonbon. Je m’attardais, profitant de la ville, il y avait toujours à voir dans la rue ou sur le Port: Je regardais les bateaux de pêche et les paquebots qui déchargeaient les marchandises venant de métropole, des saltimbanques qui déambulaient, un accrochage entre deux voitures, les vitrines du Bazar de l’Hôtel de ville avec une multitude de jouets. C’était l’occasion de repérer celui que je demanderai à Noël!

Le cours Bertania, planté de platanes, était le point de rencontre des bônois. Il était très animé, surtout le week-end, avec les marchands de glace, de cacahouètes, de beignets ou des oublis, vendus par les gitanes. On pouvait aussi se promener en calèche pour faire le tour des plages. C’était une belle ville agréable.

Les loisirs de mon enfance

Je partage mon temps avec les deux enfants du gardien de la manutention : Gilbert et Bernard  avec qui je joue beaucoup à l’extérieur. Nous jouions à imiter les héros vus au cinéma. Mais celui que je préférais c’était Zorro! Mon grand-père, alors que je lisais une bande dessinée de Zorro dans un magazine m’avait demandé:

–  » Tu sais ce que c’est Zorro »

– « Non »

-« Cela veut dire renard en espagnol. »

J’ai compris pourquoi il était si difficile à attraper! On fabriquait nos épées avec du bois de la menuiserie de la manutention, on récupérait un morceau de tissu en guise de cape et l’imagination faisait le reste. On changeait les rôles chacun notre tour entre le bandit et Zorro. Notre imagination était galvanisée par les films qu’on allait voir de temps en temps au cinéma. C’était surtout des films de cape et d’épée. Je me souviens également avoir été impressionné par Johnny Weissmuller dans Tarzan…

À Bône, l’atelier de menuiserie une aubaine pour nous. On récupérait de vieilles planches qu’on rabotait, coupait pour fabriquer des cabanes en bois… Je m’intéressais beaucoup moins à la forge, d’abord il y faisait trop chaud et puis on n’y faisait que des objets de maréchalerie.

Nous allions souvent pêcher dans le port, ramenant du menu fretin destiné davantage aux chats plutôt que dans nos assiettes ! Par contre, dans les rochers, nous ramassions des oursins dont il fallait éviter les piquants, que nous dégustions le soir en famille. Nous faisions quelquefois des balades à vélo et parfois en calèche pour faire le tour des plages.

D’autres fois c’était un sortie au cinéma. Depuis très jeune j’assistais aux séances avec les films muets où il fallait se dépêcher de lire les sous-titre! Quand j’ai vu « Autant en emporte le vent » en cinemascope, parlant et en couleur, avec les personnages si proches qu’on avait l’impression d’être dans l’histoire, ce fut un véritable choc. Je me souviens également d’avoir été heurté par les images d’actualités montrant la guerre et ses ravages. Je ne m’imaginais pas que la guerre avaient pu faire autant de dégâts. En cours d’histoire par la suite, le programme abordera la question de façon très vague. Ce n’est que bien plus tard que je ferai la démarche d’en savoir plus grâce à des lectures mais aussi en faisant un voyage à Matahausen.

L’école communale

Tous les jours, je rejoignais l’école à pied, route de la Tranchée, au Pont des suicidés qui se trouve à 1km de la Manutention. Cela se passe bien. Je ne suis pas le plus doué mais pas le plus mauvais non plus! J’ai des résultats moyens mais j’obtiens le prix de sagesse! A cette époque je rêve d’être garde-forestier du fait de ma passion pour les animaux.

L’école n’était pas mixte bien sûr, les filles allaient à l’école religieuse. Nous les voyions de temps en temps à la sortie des classes mais cela ne faisait pas encore partie de mes préoccupations! L’école française n’était pas fréquentée par les enfants musulmans, exceptés ceux de l’élite algérienne. A l’époque cela ne m’avait pas choqué.

Nous jouions dans la cour aux jeux traditionnels: osselets, billes ou bien encore aux noyaux…Cela consistait à faire un petit tas avec des noyaux d’abricots et de la détruire à une distance de 2 m, le vainqueur emportant les noyaux. J’étais ma foi, assez adroit pour tous ces jeux de précision.

La période était troublée puisque notre pays était en guerre, mais cela était loin de nous, nous étions des gamins et tout ce que je connaissais de la France, c’était la carte affichée dans la classe car j’étais trop jeune pour avoir des souvenirs précis de Limoges. Il y avait le portrait de Pétain dans la classe mais cela ne m’évoquait pas grand-chose!

J’étais davantage préoccupé pour éviter de fâcher l’instituteur qui n’hésitait pas à nous tirer les cheveux ou nous distribuer quelques coups de règles sur les doigts. Mais la punition suprême était d’aller au coin affublé du bonnet d’âne! Quelle humiliation. Heureusement, je n’étais pas un élève téméraire et évitait ainsi toute stigmatisation…Malheureusement malgré ma science pour ne pas me faire remarquer, le sort en décidera autrement et me portera un coup qui restera le préjudice de toute ma vie.

Mon corps me trahit

A dix ans, alors que je rentre au cours moyen, on me découvre le début d’une scoliose. Pour moi ce fut le début de grosses difficultés qui ont empoisonnées mon enfance, mon adolescence et ma vie d’adulte.

Pour éviter la fatigue et prendre le risque d’une déformation plus grande, Saadna m’accompagnait à l’école portant mon cartable pour le trajet. Les autres enfants, n’y voyaient qu’un traitement de faveur et me traitaient de fils de riche ou fainéant, ce qui bien sûr m’affligeait beaucoup.

Mes parents, ont d’abord contacté un kinésithérapeute, qui me faisait faire de la gymnastique corrective, sans grand résultat. Ils ont alors demandé conseil à un médecin qui leur suggéra de faire faire une coquille en plâtre dans laquelle je devais dormir. Inutile de dire combien j’en ai été traumatisé! Par la suite le calvaire continua avec le port d’un corset en permanence.

Evidemment, ma mauvaise santé eut des incidences sur mes résultats scolaires et je suis retiré de l’école primaire pendant 1 an environ, avec arrêt de toutes activités physiques. Comme je dois rester allongé le plus longtemps possible je suis envoyé à l’école des sœurs quelques heures par semaine pour me tenir à niveau. Je suis pris en charge par des religieuses pas toujours compréhensives à mon égard, je subis les moqueries et me renferme petit à petit.

C’est le début pour moi d’un tempérament très réservé où je me replie sur moi-même obsédé par le regard des autres. Papa étant très curieux, il m’ouvrit à la lecture et m’offrit des livres. J’adorais lire le dictionnaire que je consultais souvent. En bons chrétiens, ma famille recevait le « pèlerin Magazine » dans lequel je me plongeais pour lire les petites histoires pour enfants et les bandes dessinées. Je faisais aussi les mots croisés. Bref, je me tournai vers les seules activités autorisées, la lecture.

Je ne suis plus motivé pour travailler. Je regrette aujourd’hui de ne pas m’avoir donné les moyens d’étudier mais j’étais trop anéanti par mon état pour surmonter les blessures que j’endurais à cause de mon handicap.

Adieu au soleil

Mon père est muté à Innsbruck en Autriche, il faut dire Adieu à l’Algérie, au soleil, au port, aux plages mais ce départ m’a au moins permis de réaliser un rêve: prendre l’avion. J’avais réalisé des maquettes sans savoir que je serai peu de temps après à bord d’un « constellation », ce superbe avion à hélices. J’étais sidéré d’être à bord pour moi c’était extraordinaire…À l’époque, c’était un luxe de prendre l’avion et les plateaux que l’on vous servait étaient bien garnis, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Ce que je découvre ici c’est la neige, dans la ville. Bien sûr j’avais déjà vu les cimes enneigées dans des paysages au loin. Là, elle tombait en grande quantité et l’on pouvait la toucher à pleine main. Si je n’avais pas été affligée de cette maudite scoliose, le lieu aurait été idéal pour faire du ski…mais je n’ai jamais eu l’autorisation d’essayer.

Berlin après la guerre et l’Algérie en Guerre

Le mur n’était pas encore construit à l’époque et Berlin était découpé en quatre zones: les quartiers anglais, américains, français et russes. Munis d’une autorisation, nous avions le droit de circuler dans toutes les zones. Je ne me privais pas de visiter la ville et, moins complexé, je me fis alors des copains principalement français et allemands que je trouvais plus sympathiques que mes compatriotes.

Mais les beaux jours ont une fin et je dois faire mon service militaire.

Le contingent était constitué de jeunes gens de tous milieux. L’ambiance n’était pas mauvaise sauf que les petits gradés faisaient leur possible pour nous en faire baver: corvées punitions, suppression des permissions de sortie le samedi. Au bout de ces quatre mois de classes, sans avoir revu mes parents, nous étions « prêts  » à partir en Algérie: de toute façon nous n’avions pas le choix.

Départ pour Marseille en train où nous avons embarqué sur un vieux bateau dans lequel nous étions parqués comme du bétail. Après une journée de traversée, nous sommes arrivés à Bône, ville que je connaissais bien. Sur les quais du port nous avons été regroupés attendant notre lieu affectation. Le groupe auquel j’appartenais a été dirigé sur Souk-Arrhas, non loin de la frontière tunisienne.

Il faut comprendre que Souk Arrhas, lors de la Révolution arabe, a joué un rôle primordial en installant une base qui abritait le centre de commandement qui organisait l’armée de libération. Sa situation à la frontière lui permettait de se ravitailler en armes et minutions. À partir de 1959, cette armée de libération, mieux organisée, sous la direction du colonel Houari Boumediène opéra des actions plus abouties notamment contre les centres d’administration français.

Le trajet de Bône à Souk-Arrhas se fit en camion. Je ne suis pas resté très longtemps dans cette caserne car j’ai vite été envoyé en position de surveillance du réseau électrifié. Notre camp de base ne bénéficiait pas de bâtiment mais était un campement où nous logions sous la tente, été comme hiver. Le confort était très rustique: Il n’y avait ni eau courante ni sanitaire mais seulement un réservoir à eau, qu’il fallait remplir régulièrement en allant à un puits qui se trouvait dans un village assez éloigné.

L’été, sous la tente, la chaleur était accablante. En hiver, un petit poêle à bois apportait un peu de chaleur mais, le camp étant situé à 1400 mètres d’altitude, dans les montagnes. Chaque jour il fallait dégager la neige qui parfois atteignait un mètre de hauteur.

J’occupais la fonction d’opérateur radio. Lors de nos sorties pour tenter de neutraliser les groupes rebelles, je transmettais les informations aux différents groupes d’intervention ainsi que les ordres pour demander l’appui de l’artillerie.

Nous étions en permanence sur le qui-vive car nous subissions des embuscades régulières de la part des fellaghas. Un jour, une attaque fut meurtrière. Trois gars de ma compagnie tombèrent, qu’il a fallu rapatrier en camion: les morts étaient à nos pieds pendant tout le trajet.

Pour les missions de surveillance des trains, nous étions placés dans un wagon en début de convoi, particulièrement vulnérable en cas de minage de la voie.

L’inquiétude était quotidienne, nous vivions avec mais paradoxalement, on s’habitue au danger. Ce qui était le plus pénible c’était d’attendre et de ne pas avoir de permission. Un jour, j’eus l’opportunité, d’accompagner un train qui allait à Bône chercher des munitions. Outre le fait de revoir la ville de mon enfance, cela me permit de décompresser un peu, le temps de la mission.

Pendant nos temps libres, je lisais beaucoup quand mes camarades tapaient le carton. On discutait aussi. Quelquefois, on faisait une sortie en camion à Souk Arrhas même si c’était risqué. Les indigènes n’étaient pas agressifs mais cela se lisait sur leurs visages que nous n’étions pas les bienvenus.

Je me demandais ce que nous faisions là, au milieu de ce jeu de quilles… La France avait lâché toutes ses colonies, Tunisie, Maroc, Indochine…Pourquoi garder l’Algérie qui de toute façon aurait son indépendance?

Ce n’était plus l’Algérie que j’avais connu, les habitants vivaient dans la terreur. Quel gâchis!

Résultat : 50 euros de retraite militaire par mois! Et une médaille…Un prix bien dérisoire au regard de ce que nous avons vécu là-bas.

Epilogue

Aujourd’hui, ce livre, je l’espère, apportera à mes filles un peu de lumière sur mon histoire. Je me suis plié à l’exercice sans préparation et me suis senti un peu désarçonné mais, avec l’aide de F, j’ai repris le puzzle de mon existence pour leur offrir ce condensé d’évènements et d’anecdotes, qui pour certaines seront peut-être une découverte.