Autobiographie, maltraitance, Sévices

« A JAMAIS LA BEAUTÉ VANDALISÉE »

Le récit de vie « A JAMAIS LA BEAUTÉ VANDALISÉE »

Autobiographie, maltraitance, Sévices

Le calvaire d’une enfant qui avec une force exceptionnelle réussit à s’échapper de son enfermement mais qui ne parvient pas à s’extraire de la douleur ne pas avoir été sauvée par sa mère.

EXTRAITS  DU LIVRE « A JAMAIS LA BEAUTÉ VANDALISÉE »

Quand je regarde en arrière, le chemin que je vois est un roncier où j’ai dû me débattre pour avancer, les souvenirs m’écorchant la tête. Mais ma volonté de vivre et de rire a réussi pendant des années à m’éloigner   pour un temps de ce maudit sentier.
Aujourd’hui, je sais que je n’ai pas choisi et que j’ai subi.
Malgré tout j’entreprends ce voyage dans mon histoire passée, espérant qu’il me conduira vers un mieux être et un avenir à reconstruire souriant, simple et heureux.
Les belles images s’entrechoqueront avec les souvenirs hideux mais c’est ma vie, et je vous la livre.

Mon père, est né le 16 décembre 1924 à l’île Fédrun. Il avait trois frères et une sœur, il m’a souvent dit avoir souffert de l’absence de sa mère et a sans doute été beaucoup livré à lui même.

Il était marin mais se trouvait plus souvent à terre du fait de son manque de persévérance et son état d’homme alcoolique. Je n’ai pas le détail de son histoire mais je sais qu’il a fait la guerre d’Indochine qui l’a marqué sans aucun doute profondément et à tout jamais. Il nous a si souvent raconté les atrocités qu’ils avaient vécues là-bas qu’on peut imaginer qu’il n’a pas pu reprendre pied dans une vie normale. Cette triste fatalité peut expliquer en partie ce que mon père est devenu même si cela ne l’excuse pas de tout le mal qu’il nous a fait endurer par la suite.

Une mauvais rencontre

Ma mère l’a rencontré quand elle avait 17 ans. C’était un beau jeune homme, très convoité et ma mère très amoureuse a succombé à ses charmes de manière imprudente puisqu’elle est enceinte dès 18 ans. Cela ne plaisait pas à mes grands-parents mais ils ne s’opposèrent pas au mariage qui régularisait une situation gênante dans un village où tout se savait et où le jugement d’autrui importait. Ils se marièrent civilement et la cérémonie fût sans doute vite expédiée. Très vite mon père n’eut plus d’égard pour ma mère. Elle m’a confié qu’il partait seul sans lui dire où il se rendait et la plantait là ne se préoccupant pas des conséquences ajoutant qu’elle en avait beaucoup souffert.

Je sais que je n’étais pas désirée : ma mère m’a toujours dit qu’elle avait tout fait pour que je ne vienne pas au monde. Malgré son obstination, j’étais là, sans rien demander…


Nous habitions une maison mitoyenne avec un jardin, dans une rue où tout le monde se côtoyait comme c’était le cas autrefois dans les villages.
La promiscuité d’une famille n’est pas facile à vivre mais pourtant beaucoup de familles connaissent le partage d’une chambre sans qu’aucun drame ne survienne. Je n’ai pas eu cette chance là.

Le début du cauchemar

Mon calvaire a commencé dès mon plus jeune âge quand, profitant de la sieste de l’après-midi, mon père venait me chercher pour m’emmener dans sa chambre.

Je me souviens de son haleine, de ses doigts en moi, de son sexe, de la douleur, du poids de cet homme sur moi, de l’odeur visqueuse de son sperme après qu’il ait assouvi son plaisir. Tandis qu’il m’essuyait avec un torchon, je pleurais en silence, anéantie. Ses mots résonnent encore en moi : « Je fais ça à ta mère et elle aime ça. »

« Pas ça papa, ça me fait mal. » Mais rien ne l’arrêtait. J’étais devenue l’objet de ses fantasmes pendant la sieste obligatoire de l’après midi.

Quand je le voyais dans l’encoignure de la porte, avec ce visage marqué d’un sourire ironique que je n’ai pas oublié, je savais ce qui allait se passer et que je n’y couperai pas.
Je le revois dans son contentement, une moue de délivrance sur le visage, satisfait d’être encore une fois arrivé à ses fins. Son rictus est imprimé en moi et le dégoût m’étreint toujours autant quand je repense à lui.

Je me souviens qu’à un moment, je ne ressentais plus rien comme un dédoublement, mon corps anesthésié, inerte et sans douleur subissait, ma tête était ailleurs et je pleurais en silence. Ce corps il en avait pris possession, ma tête non. Je devais surtout n’en parler à personne. Il m’avait convaincu dès mon plus jeune âge que la situation que je subissais avec lui était naturelle voir normale, c’est du moins ce qu’il m’avait fait comprendre.

Très vite, j’ai compris que cette situation était mal mais il fallait que je taise l’inavouable. Là j’ai subi la honte et ce sentiment de culpabilité. Subir et ne rien pouvoir dire ni révéler sous peine de ne plus être aimée des autres, ressentir ce sentiment d’isolement d’autrui. N’être plus rien et ne plus exister. En parler aurait été synonyme de mort, pire que la honte que j’éprouvais. Je ne voulais pas mourir. Je voulais être aimée des autres et vivre.

Ma mère dans toute son inconscience m’obligeait à faire la sieste. Jamais ma mère ne s’est préoccupée de ce qui se passait à l’étage, niant en bloc d’avoir su, vu, entendu quoi que ce soit. Au delà du crime de mon père qui m’a détruite, c’est cette blessure aujourd’hui encore qui me révolte et me fait hurler.

Je ne peux pas la croire

Une violence quotidienne

A l’inceste et    au viol   s’ajoutait    la violence quotidienne que nous subissions tous.
Le soir, nous appréhendions la venue de mon père. Quand il arrivait complètement ivre, avant qu’on ait eu le temps de manger quoi que ce soit, il prenait la table déjà dressée et la renversait entrainant assiettes, plats, couverts par terre sans que nous puissions sauver quelque chose. Nous savions que nous ne mangerions pas. Puis il se retournait contre ma mère et sur elle les insultes  pleuvaient: sale pute, salope etc…
Le ton montait et les coups s’abattaient sur elle, coups de poing, gifles, cris, insultes pendant qu’impuissants nous pleurions. La plupart du temps, la scène continuait pendant une bonne partie de la nuit, nous privant de notre sommeil, guettant dans la peur tous les bruits. La peur était notre lot quotidien. Nous l’avons tant intériorisée que nos souvenirs ont été effacés, ne laissant la place dans nos mémoires qu’à des images de terreur. Ma mère, nous disait de rester sur le pas de la porte et on ne bougeait pas, obéissant à la loi de se faire tout petit, conditionnés par notre angoisse.

Le lendemain, nous partions à l’école comme si rien ne s’était passé, en ne montrant jamais notre souffrance, ne laissant rien transparaître de notre situation quotidienne tragique.

Personne ne pouvait rien supposer de mon calvaire. Pendant toutes ces années, je n’ai ouvert mon cœur à personne, même pas à ma grand-mère qui connaissait les violences et l’alcoolisation de mon père

Chez mes grands-parents : le refuge

Puis j’ai atteint douze ans, la pré adolescence, âge de la conscience « réflexive » qui s’autorise à penser hors de l’adulte. Je ne saurais dire pourquoi ce jour là, j’avais décidé que c’était terminé, qu’il ne me toucherait plus, que je ne subirais plus.
Je suis arrivée dans la maison de mes grands-parents dans un état de nerfs indicibles et j’ai dit à ma grand-mère : « C’est fini, je ne veux plus retourner là-bas, je ne veux plus vivre avec eux. Je veux rester avec toi. »
Sans doute ma grand-mère attendait que je prenne cette décision car elle n’a rien fait d’autre que me consoler, et de monter un vrai lit pour moi… j’ai alors su que ce n’était plus provisoire. Enfin j’allais pouvoir être aimée, choyée sans vivre dans la terreur permanente. J’étais avec mes grands-parents, une nouvelle vie s’ouvrait à moi.

Une deuxième maman

Ma grand-mère ne se mettait jamais en colère, elle était serviable et très discrète. J’ai gravé dans ma mémoire, sa voix, son sourire et son regard bleu plein de douceur quand elle me réveillait le matin.
Tous les soirs nous partions toutes les deux chercher le lait à la ferme chez madame Soliman. J’adorais la crème du lait bouilli. Quand elle allait faire les courses, elle ramassait toujours des emballages de carambars trouvés par terre sur son chemin, sur lesquels on trouvait des points DH, qui nous permettaient une fois collectés en nombre suffisants de gagner un ballon de foot, des patins à roulettes ou d’autres lots encore. Elle me les faisait compter puis ranger soigneusement dans une boîte en fer, en attendant d’en avoir assez pour obtenir l’objet convoité.

Je l’accompagnais dans le jardin, derrière sa maison, où elle ramassait régulièrement des escargots qu’elle faisait jeûner dans un garde- manger grillagé, avant que de pouvoir les cuisiner.

Au moment des fêtes de Pâques, son jardin revêtait la couleur bleue du myosotis. Ma grand-mère cachait les œufs en chocolat dans cet océan de fleurs puis au mois de mai, c’était au tour du muguet de fleurir en abondance et d’embaumer tout le jardin. Quel souvenir agréable que ce jardin !

La révolte

J’essayais de plus en plus d’ échapper à mon père, le plus souvent sans y parvenir.
Vers 9 ans, j’ai commencé à me révolter contre mon père. Tout d’abord je lui ai craché « je te hais » par dessus la table de la cuisine malgré son visage terrifiant qui me faisait face. La colère s’est emparée de lui, il voulait m’attraper et nous tournions autour de la table dans un ballet sordide, ma mère était à mes côtés dans ce duel infâme. Il me coursait, les yeux exorbités défiant ma mère par ces mots :

« ta fille, je l’aurai ». Je ne voulais plus subir ses assauts immondes et j’osais pour la première fois, lui tenir tête.

Un jour j’ai failli le tuer. Il était à terre, ne tenant plus debout, enivré. J’ai pris une pierre et j’ai voulu lui fracasser la tête mais un sursaut d’humanité a pris le dessus et j’ai réussi à partir, le laissant là, minable.
Il devenait de plus en plus pathétique et ses colères étaient spectaculaires.

Un jour, il avait jeté divers objets, qu’il avait ramenés de ses voyages, dans le poêle à charbon. Parmi eux, il y avait une petite boîte à musique qui s’est mis en route alors qu’elle se consumait et on entendait le mécanisme chantant qui ne s’arrêtait pas. La situation en devenait comique de le voir sorti de ses gonds alors que ce petit objet lui résistait égrainant un air mélancolique…

Je prenais au fil du temps de plus en plus d’assurance jusqu’au jour où j’ai dit NON alors qu’il me montrait l’escalier que je devais prendre pour monter dans sa chambre. Ma mère n’était pas là. Il a fermé la porte à clef pensant me couper la retraite. Mais il restait la porte donnant sur le jardin. En un bond je suis sortie, pieds-nus, me précipitant sur le grillage que j’ai enjambé pour atterrir dans le terrain de la maison mitoyenne qui nous appartenait aussi. C’était une petite maison en très mauvais état que ma mère louait pour agrémenter l’ordinaire. Je me suis réfugiée chez la locataire, je pleurais, tremblant des pieds à la tête, n’arrivant pas à m’exprimer. Je ne me souviens plus des mots décousus prononcés dans l’état de terreur qui m’étreignait. J’ai du prendre conscience de la situation et je suis sortie pour partir chez ma grand-mère.
Je ne suis plus jamais revenue dans cette maison de cauchemars.

 

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